C'est en réécoutant une interprétation de Smells Like Teen Spirit par Patti Smith, ce majestueux coup d'envoi du mouvement grunge, que je comprends aujourd'hui l'importance de Nirvana pour ma génération, celle des chômeurs post diplômes, les vrais no future de l'Occident. 1991, j'ai neuf ans, c'est la première guerre du Golfe, la maîtresse voit bien que nous avons peur, elle nous rassure en nous disant que nous sommes loin du conflit ; mais c'est aussi l'année de Smells Like Teen Spirit, dont les premières paroles résonnent ainsi : "Load up on guns / Bring your friends /Its fun to lose". Certains voient des tableaux de maîtres, moi j'avais la télé ; et je vois ce clip, le clip de cette chanson, et l'inquiétante étrangeté de ce décor de gymnase à l'américaine, avec pom pom girls et concierge, et cette décharge extraordinaire de violence ultra jouissive et séduisante et dangereuse, aussi. Comprendre à neuf ans qu'on pouvait faire des choses violentes, être habillé n'importe comment et être payé pour ça, c'était extraordinaire, et tellement loin de ce qu'on m'enseignait tous les jours. Nirvana, c'était vraiment la preuve qu'autre chose était possible, qu'on pouvait vivre dans la colère, dans la saleté. On dira plus tard que le mouvement grunge a été la critique la plus vive des vies proprettes et sécurisées, de la paranoïa ambiante. Oui, sans doute. Je me rappelle distinctement de l'annonce de la mort de Kurt Cobain sur MuchMusic et l'accablement dans lequel cette nouvelle m'avait plongée. A l'époque je rêvais de porter des jeans déchirés et de laisser les cheveux gras cacher mon visage acnéique, mais c'était pas tellement ça chez les bonnes sœurs. De ce groupe fabuleux je garde des images d'adolescence, l'Unplugged MTV enregistré à New York le 5 avril 1994, Cobain au comble de son sex appeal dans son cardigan gris pelucheux, et ce désir si romantique et nihiliste de se foutre en l'air. Le suicide de Kurt Cobain est de loin un des événements les plus cyniques de la culture pop des vingt dernières années.
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Patti Smith
17 mai 2009
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Kim Gordon
16 mai 2009
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I know I know a dirty word
10 mai 2009
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Dorine
26 avril 2009
Je tournais autour du livre d'André Gorz, Lettre à D., depuis que je l'avais vu il y a presque trois ans en vitrine à la librairie Compagnie, rue des Écoles. Et puis il y avait eu cette critique du Monde où l'extrait qui avait été choisi m'était resté en tête, comme un air qui s'imprime automatiquement dans l'esprit : « Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien. »
André Gorz, de son vrai nom Gerhard Hirsch, est né à Vienne le 9 février 1923. Auteur d'une pensée qui oscille entre philosophie, théorie politique et critique sociale, disciple de l'existentialisme de Jean-Paul Sartre, il rompt avec celui-ci après 1968, et devient l'un des principaux théoriciens de l'écologie politique. Il est co-fondateur, en 1964 du Nouvel Observateur, sous le pseudonyme de Michel Bosquet, avec Jean Daniel.
Un jour, André Gorz apprend que sa femme est atteinte d'une maladie incurable. Ils achètent une maison à la campagne. Il travaillera à ses livres, elle luttera contre la maladie. Puis, il écrit son dernier livre, cette bouleversante lettre à Dorine écrite au bord des larmes. Je ne crois pas aux contes de fées, je ne sais même si une telle histoire peut encore se vivre aujourd'hui. Mais quand il écrit sa Lettre à D., André Gorz n'a plus rien à perdre. Il sait qu'il ne lui survivra pas, il sait qu'il choisira de donner la mort à sa femme puis à lui-même. Les mots qu'il emprunte pour le dire sont d'une précision et d'une profondeur évidemment capitales. Les yeux me brûlent quand je relis pour la centième fois ceux-ci, des mots qui remontent du fond des âges et qui résonnent encore si fort : « Il suffisait que je consente à vivre ce que je vivais, à aimer plus que tout ton regard, ta voix, ton odeur, tes doigts fuselés, ta façon d'habiter ton corps pour que tout l'avenir s'offre à nous. »
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Quatre saisons au bois
05 avril 2009
De la chaleur écrasante de l'été nous étions passés à l'automne. « Un enchantement se produit chaque année dès les derniers jours du mois d'août qui s'accompagne d'un déplacement de tout mon être vers un espace où il s'intensifie, où il scintille et se consume comme sous les feux d'un projecteur. Cet espace auquel j'accède est l'espace de l'automne. Une résurrection », résumait si bien Éric Reinhardt dans son beau livre, Cendrillon. Puis en février, les oies se sont serrées les unes contre les autres au coeur du lac gelé, vision ton sur ton au milieu du bois. Les rares marcheurs emmenaient leurs chiens et la municipalité avait tiré des rubans rouges autour du lac. Longs mois froids pendant lesquels le corps se tasse, les muscles se serrent. Puis ce matin, miracle d'avril, vision tellement aimée, nouvelles taches de lumières au sol entre les feuilles nouvelles et ce parfum entêtant des pollens mêlés.
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4:23
01 avril 2009
Tu te fraies un chemin, je passe derrière, tu tiens nonchalamment une bouteille de vodka que tu portes à ta bouche comme une Vittel, j'aime cette course poursuite parmi les corps qui nous frôlent, nous pénétrons au cœur, « Tu viens ? », et comment.
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C'est beau
31 mars 2009
Le nouvel album de PJ Harvey & John Parish est sorti hier et, bien entendu, il est sublime.
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Si peu de choses
28 mars 2009
Un soir cette semaine.
J'arrive chez « Derrière », un resto caché au fond d'une cour entre l'Andy Wahloo et le 404, rue des Gravilliers. Tendre Moitié m'attend dans une des pièces. Car oui, il faut le spécifier, « Derrière » est un resto qu'il faut connaître pour son décor : un immense appartement de deux étages où l'on peut se retrouver à dîner dans une chambre ou un dressing.
Dans la pièce où il m'attend se trouve une femme, très belle, qui lui fait face à quelques mètres. J'entre dans la pièce et je sens immédiatement le regard de cette femme sur moi. Je la détaille en une seconde, avec attention. Puis je me penche sur Tendre Moitié pour l'embrasser. Il se détache un peu, lève les yeux vers la femme, m'embrasse et regarde de nouveau la femme.
Nous commandons. Tout, ici, est parfait : menus imprimés sous forme de dictionnaire loufoque, meubles savamment dépareillés, petits détails craquants ici et là comme de la porcelaine de brocante ou d'improbables meubles de design danois. La bouffe est impeccable : turbot et bar d'une fraîcheur exquise, polenta irréelle de perfection, purée à l'huile d'olive à tourner de l'oeil. Et ce n'est pas fini. A l'étage, je découvre une autre surprise au fond d'un couloir, où se trouve un grand placard recouvert d'un miroir ; il faut l'ouvrir, se cacher à l'intérieur, puis se laisser tomber dans une pièce secrète, décorée à la "Alice au pays des merveilles"...
Oui, vraiment, la soirée aurait pu être magique.
Derrière, 69 rue des Gravilliers, 75003
01 44 61 91 95





