• Astier, je t'aime !

    15 janvier 2009

    J'aime Astier de Villate ! Je veux me marier avec lui ! Avec son graphiste ! Avec son site internet http://www.astierdevillatte.com/ ! Avec sa crème suisse pour les mains qui sent 100 % trop bon ! Avec sa porcelaine faussement vieillotte et absolument cute ! Avec ses verres, ses nappes, ses couverts et ses filiales japonaises ! Avec son adresse rue Saint-Honoré ! Oui, chui snob et avec Astier, encore plus que tout à l'heure ! Astier, je t'aime ! Dis oui !   

  • La vie

    12 janvier 2009

    Hier, je profite du dimanche des soldes pour emmener Tendre Moitié chez Habitat. Il y a un vrai plaisir, à la fois rassurant et coupable, dans ces rituels de couple. Et puis d'ailleurs, "couple", quel mot affreux. C'est terrible à dire mais, se balader dans les allées en jouant aux gens normaux et hurler : « Tu préfères le bleu ou le rouge ? » « Le rouge » « Bon, allez on va prendre le bleu », c'est si peu rock n'roll que j'en éprouve des frissons de plaisir transgressif.

     

    Il y a un peu plus d'un an, toujours chez Habitat, alors que je ne vivais pas encore avec Tendre Moitié, je me rappelle avoir regardé les clients qui nous entouraient et de m'être imaginé (en film 35 mm Dolby Surround HD) que nous faisions partie de cette masse-là ; que le rituel « Habitat » pouvait potentiellement consolider ou officialiser quelque chose de notre histoire aux contours si mouvants et diffus, et qui d'ailleurs, continuent de se définir, de se défaire et de se refaire tous les jours.

     

    Mais je ne devrais pas raconter ça.

  • Envie de pilpil ?

    12 janvier 2009

    Après de nombreuses années d'alcoolo-tabagisme poussif qui ne me faisaient pas toujours un teint de pêche, ma lente mais solide reconversion vers un mode de vie plus sain, amorcée le 27 octobre 2008, m'a conduite vers l'extrême opposé : sport, alimentation biologique, musique classique et ceinture de chasteté. Ma nouvelle vie monacale m'a donc fait découvrir le circuit biologique/commerce équitable/macrobiotique parisien, alors que, jusqu'à présent, aller chercher des graines de pilpil chez Naturalia et courir les points relais du Campanier, ce n'était pas vraiment ma cup of tea. Mais il faut bien se rendre à l'évidence : même Iggy Pop ne se dope plus. L'époque, sans doute.

     

    De graine de radis en pousse de tournesol, je suis tombée sur un concept connu des anciens mais certainement pas de moi : l'alimentation vivante. Kesako ?  « L'alimentation vivante est un mode de vie qui se rattache à un mouvement plus vaste, le crudivorisme, mouvement qui comprend plusieurs sous-groupes : les granivores (consommer surtout des graines), les frugivores (surtout des fruits), les instinctos (consommer les aliments, dont des produits animaux, sans les mélanger), les liquidariens (presque uniquement des jus), et les adeptes de l'« écologie alimentaire » (consommer cru, mais de tout, y compris viandes et insectes). » (source : www.passeportsanté.net) Alors, on a quoi au menu pour les instinctos de ce monde ? Jus d'herbe de blé, soupe crue aux carottes et, euh, quinoa germé aux algues aramé et à l'huile d'olive.

     

    Comme c'est pratique ! Bon, eh bien, avec tout ça j'crois qu'on va aller chez McDo.

  • Soleil noir

    05 janvier 2009

    Il fait vraiment soleil quand je sors du Mk2 Beaubourg hier soir vers 22h, où j'ai pu voir Roman Polanski : Wanted and Desired, sur le procès pour détournement de mineure qui a obligé le réalisateur de Rosemary's Baby à s'exiler en France - peut-être pour toujours, le dossier étant resté ouvert en Californie, trente ans plus tard. Malmené par la justice et les médias réactionnaires et con-cons, Polanski, né à Paris en 1933, choisit naturellement d'y revenir et d'y rester, où personne ne s'est jamais été inquiété de son intérêt pour les jeunes filles. On le couvre de Prix, on l'accueille comme un dieu, on loue son personnage clair-obscur et ses films tourmentés ; il reçoit tous les honneurs de l'Académie des Beaux-Arts et c'est vraiment dans ces moments-là que, moi aussi, j'aime la France : légère, sympathique, érotique, humaniste, éclairée aux lumières du XVIIIe siècle qui ne sont pas encore toutes éteintes.

  • Le ouaouaron

    04 janvier 2009

    La nuit dernière, taraudée par le décalage horaire, je m'étonne auprès de Tendre Moitié de ne plus entendre, depuis quelques mois, les « ouaouarons » crier dans la cours. « Les quoi ? » me demande Tendre Moitié, un sourire narquois dans sa voix. « Ben oui... Les ouaouarons, les grenouilles ?».

     

    Malgré tous mes efforts pour « actualiser » ma langue québécoise et la libérer de ses erreurs grammaticales colportées par la proximité anglophone, mais aussi par les expressions vieillies que nous traînons malgré nous (« soulier », « châssis », « astheure » et j'en passe, mots qui nous rapprochent davantage de la langue de Montaigne que de celle de Houellebecq, ce qui s'appelle quand même la classe), il reste toujours, et c'est bien là l'effet tragi-comique, d'ineffaçables traces de ce passé qui ne m'est pas si lointain. Les heures d'insomnie passant, et une pensée en appelant une autre, une vieille chanson du fond de mon enfance m'est revenue en mémoire : « Hommage du soir à Châteauguay », d'un groupe de baby-boomers québécois ultra ringard (dire « quétaine ») : Beau Dommage. Pour la petite histoire, Châteauguay est une banlieue plutôt pauvre de Montréal où je vécus entre l'âge de cinq et six ans et où je connus mon premier amour, Benoît, à qui j'eus promis de me marier et d'avoir de nombreux enfants. Whatever. Alors, en chanson, ça donne :

     

    Dimanche au soir à Châteauguay / Dimanche soir à Châteauguay

    Les pieds pendant au bout du quai
    La rivière joue d'l'harmonica
    Ma blonde se baigne les pieds dans l'eau/Ma copine  trempe ses pieds dans l'eau. A noter cette ambigüité lexicale complexe : le verbe pronominal « se baigner » sous-entend forcément qu'il faille s'immerger au moins les pieds dans l'eau ; difficile de se baigner uniquement le bras ou la tête. Je laisse au lecteur la liberté d'interpréter ce vers difficile.
    C'est plein d'oiseaux qui courent le long de l'eau
    En chantant leurs chansons d'oiseaux/(Sic)
    Les enfants r'viennent en chaloupe
    Y ont pêché trois crapets soleil/Perche soleil ou perche arc-en-ciel est un poisson potamodrome originaire du nord-est de l'Amérique du Nord. (Merci Wikipédia.)
    Les mouches à feux font des folies/Les lucioles s'excitent
    Les ouaouarons sont pas plus fins/Les grosses grenouilles ne sont pas mieux.

     

    4 heures 30 du matin. Alors que je tente de reconstituer musicalement cette chanson complètement naze, je me lève et décide de chercher dans Le Robert l'origine de ce mot phonétiquement étrange, « ouaouaron ». Je le trouve juste après le superbe « ouananiche ». Qui, parmi 60 millions de Français, qui, parmi les linguistes, les grammairiens, les chercheurs du CNRS, sait ce qu'est la ouananiche, mot que nous employons relativement régulièrement dans les campagnes québécoises ? Cet  article du Robert sonne à mes oreilles comme une page entière de poésie :

     

    OUANANICHE, n.f., 1897 : annanish, 1875 : mot indien (Montagnais), « le petit égaré ». Saumon d'eau douce. Gaston Miron : « Un ciel de ouananiche et de fin d'automne. »


    Et enfin :

     

    OUAOUARON, n.m., 1632, mot iroquois, « grenouille verte ». Grenouille géante d'Amérique du Nord pouvant atteindre 20 cm de long, et dont le coassement ressemble à un meuglement.


    Nous Québécois sommes si horriblement complexés que nous aimons bien gloser sur de prétendues racines généalogiques latines ou françaises, ça nous rassure sur nos origines diffuses, nos sangs mêlés qui nous obsèdent jusqu'aux plus récents référendums sur l'indépendance politique du Québec. Comme si le fait d'avoir un très lointain cousin breton nous ennoblissait, nous éloignant ainsi de l'évident lien de sang avec les indiens dont nous sommes historiquement, physiquement et même linguistiquement les enfants naturels. Je constate cela tous les jours ; je regarde un Québécois et je vois un abénaki, un algonquin, un cri. Mes yeux sont bridés et mon nez, aussi rond que celui d'une innu. Nous ne sommes pas plus latins que chinois, autrichiens ou suédois ; et le jour où le Québec n'aura plus honte de sa mixité amérindienne, peut-être aura-t-il gagné sa réelle indépendance, celle qui est née de la forêt, des rivières sans frontières, de la sagesse des femmes chaman et des trappeurs de la Charlevoix. 

  • New York, un fantasme français ?

    03 janvier 2009

    Ils sont partout : dans les diners à la mode, les musées, à Central Park, dans la rue. Qu'ils soient serveurs ou vendeurs, résidents ou touristes, il y a des Français partout à New York. Chaos mythique, horizon fabuleux, New York, loin de la vieille France rassurante et castrante, reste-elle, dans le contexte fragile de la crise et du souvenir encore frais du 11 septembre, un idéal de liberté ? Une maîtresse fascinante incarnée par cette statue plantée là depuis 1886, comme si la Liberté ne pouvait prendre forme que dans un rêve, ailleurs, loin, très loin de la maman patrie ?

    Vous avez trois heures.

  • S'approprier la ville

    24 décembre 2008

    Comment s'approprier la ville ? Envahir ses terrains vagues, marcher sur ses murs, occuper ses espaces locatifs ? Le Centre Canadien d'architecture tente d'y répondre en présentant, jusqu'au 19 avril 2009, l'exposition ''Actions". Par l'entremise d'interactions expérimentales avec l'environnement urbain, de nombreux collectifs internationaux montrent les multiples possibilités d'une participation citoyenne, militante, humoristique et entièrement nouvelle avec la ville. L'artiste Sarah Ross, à Los Angeles, propose des combinaisons de mousse et de velours bleu qui épousent parfaitement la forme des bancs de parc et autres accoudoirs qui empêchent les citadins (et SDF) de s'y étendre. L'architecte Michael Rakowitz, de l'agence ParaSITE, invente un système d'autoconstruction urbain que l'on gonfle et chauffe à partir de l'air expulsé par les systèmes de ventilation et de chauffage des bâtiments, afin que les SDF puissent bénéficier d'un chauffage. L'ingénieur civil autrichien Hermann Knoflacher invente la Gehzeug, ou ‘'marchemobile'', une structure carrée en bois léger qui s'accroche aux épaules pour permettre au piéton d'occuper l'espace que prend approximativement un automobiliste. Le collectif ‘'Surveillance Camera Players'' de New York repère toutes les caméras de surveillance de la ville, les indique sur des plans, et propose des performances devant les dites caméras comme des lectures du roman de Orwell, 1984. D'autres proposent de faire brouter des moutons dans la ville afin d'économiser 30 000 $ de frais en tonte de pelouse ; enfin, des rigolos louent un espace de parking, y déroulent du gazon et y installent une table de pique-nique plutôt qu'une voiture... Le site de l'exposition (http://cca-actions.org/) invite même les citoyens à proposer de nouvelles actions ; les meilleures seront exposées à la Maison Shaughnessy du CCA.

     

    *** 

     

    Une adresse secrète boulevard Saint-Laurent, à Montréal : avant d'aller se réchauffer au café ‘'Le Cagibi'', il ne faut pas rater Les Commissaires. Sorte de caverne d'ali baba du design, les pièces uniques sont numérotées et choisies avec amour, des lampes aux horloges en passant par les canapés, les couverts, les assiettes et même les linges à vaisselle. Tout est beau, bon et cher : http://www.commissairesonline.com/simplicite.swf

     

    Demain, New York. 

  • Rapaillée

    23 décembre 2008

    Tu es tellement libre, belle, chaleureuse, jolie, craquante, échevelée, étonnante, furieuse, sauvage, attachante, craquante, impudique, vibrante, secrète, magique, lumineuse, harmonieuse, sexy, fuyante, douce, difficile, capricieuse, chiante, timide, polie, gentille, délurée, vivante, gourmande et drôle, que j'ai du mal à te regarder dans les yeux ; alors que je t'ai méprisée et salie, trompée mille fois, tu m'accueilles une fois de plus en m'ouvrant les bras, j'ai envie de tomber à genoux, je sais que, même si je luttais contre cette évidence, tu m'appartiens, je sais que je ne t'échapperai jamais ;  et tandis qu'il fait si froid dehors et qu'à l'intérieur quelqu'un chante sous le bruit des voix, un mot remonte du fond des âges et je voudrais qu'il ne résonne pas trop fort : je t'ai tellement aimée, Montréal !