• Rien. Tout.

    06 novembre 2009


    Il y a des lectures qui rendent heureux.

    Qui rendent la vie heureuse.

    Je ne sais pas très bien pourquoi. Peut-être parce que c'est gratuit. Peut-être parce que c'est un dialogue silencieux. Peut-être parce que c'est une manière réjouissante d'habiter la solitude et plus généralement, de s'habiter soi-même.


    Hier soir je lisais Colette, un auteur que je n'aime pas toujours, trop d'opulence, trop de gourmandise, trop de parfums capiteux et d'ambiances chargées. Et pourtant, quelques lignes se sont glissées jusqu'à mon sommeil, m'accompagnant aujourd'hui de leur liesse. Dans Le Pur et l'impur, Colette relate l'anecdote d'un couple d'aristocrates anglaises qui vécurent ensemble, retirées du monde, pendant plus de soixante ans après avoir fui toutes deux leur milieu d'origine : « À la source de leur sérénité, en remontant un demi-siècle en arrière, du moins trouvaient-elles, encore chaude dans sa cendre, la nuit romanesque de leur première fuite, une course éperdue, un trajet par les chemins montagneux, les pieds saignants dans des souliers de prunelle... (...) Complications, jeux, drames et larmes d'enfants ; - mais de là s'élève, rigide et fleuri comme l'iris appuyé à sa verte lance, un sentiment unique. (...) Que demande-t-elles, en somme ? Presque rien, - tout : vivre ensemble. »


    Quelques pages plus loin, Colette recopie des extraits du journal d'une des deux, l'aînée, dont l'écriture d'une simplicité désarmante s'apparente presque à des haïkus : « Mon doux amour. Un jour de silence pensif. » Ou : « Un jour de la plus parfaite et suave solitude. » Ou : « Lu. Écrit. Dessiné. Beau lever de soleil, ciel d'azur. Une molle fumée s'élève en spirales au-dessus du village... Innombrables oiseaux ! » Ou encore : « Ma Bien-Aimée et moi nous nous promenons devant notre cottage. »


    Mais oui.
    Lorsque se promener avec sa Bien-Aimée devant son cottage relève du miracle, on l'écrit.

  • La pensée sauvage

    30 octobre 2009

    À lire cette semaine sur laviedebiais, rubrique "interview" : un entretien avec la philosophe Peggy Sastre, auteure d'Ex Utero, pour en finir avec le féminisme, paru à La Musardine dans la collection "L'attrape-corps".

  • Instructif

    22 octobre 2009

    "Une façon d'entrer un ollie plus haut et plus facilement se base sur la troisième loi de Newton (loi de l'action et de la réaction). Cette astuce consiste, lors de la première phase de la technique, à abaisser le tail jusqu'au sol. Si la force est exercée convenablement, la force de réaction issue du sol fera littéralement "rebondir" le tail, le faisant s'élever beaucoup plus facilement. Cette astuce n'est pas indispensable, mais facilite énormément la réalisation de nombreux tricks. Faire claquer l'arrière de sa planche afin de le faire rebondir s'appelle "popper".


    La vitesse n'est pas nécessaire pour effectuer un ollie. Celui-ci peut même se faire à l'arrêt. En effet, seules la technique et la réaction du sol comptent pour faire décoller la planche. Toutefois, il est parfois plus facile de popper lorsqu'on est en mouvement.


    Les caractéristiques physiques du skateur, notamment sa taille et la puissance de détente de ses jambes, influent directement sur la hauteur de ses ollies, mais le principal facteur qui influe sur la hauteur est le timing et la coordination des jambes. Ainsi deux skaters de même gabarit peuvent avoir des ollies de tailles très différentes, et il n'est pas rare de voir un skateur de gabarit inférieur à la moyenne effectuer des ollies de taille supérieure à la moyenne, et inversement."

    © Photo Nicolas Urlacher

  • La France

    21 octobre 2009

    Quel joli soir pour jouer ses vingt ans.





    © Photo Nicolas Urlacher

  • Note pour moi-même

    19 octobre 2009

    Tammy Rae Carland is a zine editor, artist, filmmaker and owner of the independent lesbian music label Mr. Lady Records.

    In the late 1980s she co-founded an independent art gallery in Olympia, Washington with Heidi Arbogast. The two teamed up with Kathleen Hanna, who often did spoken word performances at the gallery, to form the band Amy Carter. Although the band broke up she remained friends with Kathleen, who contributed to Tammy's next project, the fanzine I (heart) Amy Carter, which was widely written about in the 1990s. Other contributors included Donna Dresch. After the demise of this zine, Carland then turned her focus to photography and filmmaking. Excerpts from her film Lady Outlaws and Faggot Wannabes are included in the documentary film She's Real, Worse Than Queer by Lucy Thane, and Carland is also interviewed in this film. She has also been a contributor to Joanie4Jackie, a film compilation zine created by Miranda July, which featured Dear Mom and Becky 1977 in the first and second issues respectively. She likes girls who wear pants on their head.


    Tammy Rae Carland's photographs appear in the book The Passionate Camera; Queer Bodies of Desire edited by
    Deborah Bright and Lesbian Art in America edited by Harmony Hammond. Her videos Odd Girl Out and Lady Outlaws and Faggot Wannabes have screened internationally. Mr. Lady Records have released recordings by The Butchies, Kaia Wilson (Carland's ex-partner), and Le Tigre.

    © Photo Tammy Rae Carland, Lesbian Bed (extrait d'une série)

  • Villes

    17 octobre 2009

    « Pourquoi, si on n'y est contraint que par le gagne-pain, vit-on dans les grandes villes violentes ? Sinon pour y connaître sensuellement l'épaisseur physique, imagée, architecturale, politique, sexuelle des contradictions de la vie vivante (de la vie justement volubile, malade, conflictuelle, désirante, angoissée : de la vie jouissive.)


    On ne va pas vivre dans les grandes villes pour seulement s'y identifier à la manière activiste des tintamarres, des fureurs, des spectacles éclatants. On y cherche l'inquiétante étrangeté qui passe entre le raffinement civilisé (vie culturelle branchée, tourbillon des distractions, pointes alertées du débat politique), la circulation sauvage des haines, des ambitions, des conflits sociaux et l'indifférence méditative aux rumeurs du temps, la taciturnité créative protégée des bavardages mondains. On y veut la solitude énormément peuplée, la brutalité des hordes enbétonnée. On veut aussi, visible, disponible, sa sublimation symbolique (musiques, films, livres.) Et on y veut en plus une manière d'aménité conviviale, un charme, une saveur tendre. On s'y pose donc pour y tremper son âme et son corps à la contradiction inarraisonnable entre dépense trépidante et calcul des rétentions économiques - c'est-à-dire qu'on vient y souffrir et y jouir de cette tension impossible dont se bande la vie.


    En somme on va renifler en ville l'odeur d'humanité. Elle est capiteuse. Souvent elle est rance aussi. On espère respirer mieux. Et voici qu'on aime surtout en ville ce qui n'est pas la ville : des verdures crayonnées, des herbiers esquissés, des ersatz parcimonieux de taillis et de mares, de rives vaguement préservées du pavé.»

    Christian Prigent, Berlin deux temps trois mouvements, Paris, éd. Zulma, 1995.
     

    © Photo Nicolas Urlacher

  • Nelly Arcan, la jeune fille et la mort

    26 septembre 2009

       

    Nelly Arcan, tu étais pour moi une sorte de Virginie Despentes mais en plus fragile, en plus brisée. Une écriture virile dans un corps et un visage si jolis, un corps prison qui était ta haine et ta parure. Tu dénonçais un système dont tu étais le produit et tu te détestais d'avoir abdiqué. Je t'ai vue la semaine dernière à la télé, tu expliquais calmement, fébrilement au micro de PPdA les obsessions qui ont fait de toi un écrivain, sexe, genre, corps, rapports de pouvoir, de désir et de mort. Tu disais que c'était « beaucoup de travail d'être une femme.» Mais comme tu n'es pas une victime, tu as aussi expliqué que les femmes étaient en partie responsables de leur état. Que si les hommes les représentaient toujours comme des produits baisables, «les femmes, malgré elles, [avaient] pris le relais pour incarner cette femme baisable là.»

    Tu dis cela et en même temps je te regarde, petite blonde aux yeux bleus, avec tes lèvres gonflées et tes doigts fuselés, tu es désirable et tu t'en défends comme tu peux avec le langage, tu veux être saisissante et en même temps glaçante, tu veux que le lecteur soit choqué, qu'il soit dégoûté et fasciné par toi. Tu es complexe. Tu es contradictoire. Tu agaces et tu troubles.


    Tu aurais pu devenir une figure importante des gender studies, tu avais tout dans tes mains, dans tes yeux et dans ton corps mais tu n'es plus là et tu étais un grand écrivain, Nelly Arcan. Tu t'es suicidée jeudi dernier dans ton appart du Plateau Mont-Royal et je t'en veux.   

    Photo © Paul-Armand Gette

  • Leçons de Manhattan

    13 septembre 2009

    Dans les dernières minutes du film Manhattan, Woody Allen, alias Isaac Davis, disserte seul sur son divan sans autre psychanalyste qu'un pauvre dictaphone. Solitude de l'artiste, cassette narcissique qui ne sera écoutée sans doute que par lui-même, Woody pose une question philosophiquement millénaire et fondamentale, sur fond de romance charmante : la vie vaut-elle la peine d'être vécue ? Comme il est éminemment impossible d'y répondre à cinq minutes du générique, il trouve cette pirouette ingénieuse : « Disons qu'il y a certaines choses qui contribuent à rendre la vie intéressante. Comme quoi. Pour moi... » Et ainsi commence le listing des choix esthétiques de Woody Allen, mais aussi de goûts plus intimes, plus simples, qui le fondent entièrement : « Groucho Marx... Frank Sinatra... Marlon Brando... Willie Mays... L'Éducation sentimentale... Le deuxième mouvement de la symphonie Jupiter... La version de Potato Head Blues par Louis Armstrong... Les films suédois... Les crabes de chez Sam Wo's... Les incroyables pommes et poires peintes par Cézanne... and Tracy's face. » Il termine son monologue par un petit rire étouffé, à peine chuchoté, comme réconcilié et d'une tendresse infinie. Pour Tracy. Pour la vie. Pour toutes ces choses-là.


    J'ai eu envie de faire comme Woody, de me demander quelles étaient les choses auxquelles je tenais et qui rendaient cette vie, ma vie intéressante au point où elle valait la peine d'être vécue. C'est-à-dire qu'elles étaient fondamentales à un niveau tel que si je me retrouvais devant le choix inéluctable de la vie ou de la mort, ce seraient à ces choses-là que je penserais pour me raccrocher à la vie.


    Spontanément, je dirais, dans le désordre : Paris à l'automne, et la vue qu'offrent certains ponts sur la Seine.
    Des centaines de citations, à commencer par le début de la Divine Comédie : «Au milieu du chemin de notre vie, je me retrouvai par une forêt obscure car la voie droite était perdue.» 
    Ou Proust : «Une heure n'est pas qu'une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats.»
    Et des vers de Rimbaud : «Plus de lendemain,/Braises de satin,/Votre ardeur/Est le devoir» ou encore : «Je baisse les feux du lustre, je me jette sur le lit, et tourné du côté de l'ombre, je vous vois, mes filles ! mes reines !»
    Et peut-être aussi, plus secrètement, tout «Le nouveau code amoureux» de cet infréquentable Sollers.

    Le parfum du muguet, des pivoines, du lilas. Certains fruits d'une perfection infinie : nectarines et cerises. Le rire extraordinaire d'Aurore. Les alcools et les cigarettes, tard dans la nuit.
    Et des mots chuchotés, des pensées si intenses qu'elles arriveraient, je crois, à me ressusciter.

    Il me semble avoir écrit quelque part, d'ailleurs il n'y a pas si longtemps, quelque chose que je tiens encore pour vrai : "J'ai peur des drames qui se jouent dans l'ombre, des choix morbides qu'on finit par aimer, des déserts de l'amour, mais je suis si habitée par l'idée de la mort que j'ai de la vie un appétit inextinguible."