• C'est beau

    31 mars 2009

    Le nouvel album de PJ Harvey & John Parish est sorti hier et, bien entendu, il est sublime. 

  • Si peu de choses

    28 mars 2009

    Un soir cette semaine.

     

    J'arrive chez « Derrière », un resto caché au fond d'une cour entre l'Andy Wahloo et le 404, rue des Gravilliers. Tendre Moitié m'attend dans une des pièces. Car oui, il faut le spécifier, « Derrière » est un resto qu'il faut connaître pour son décor : un immense appartement de deux étages où l'on peut se retrouver à dîner dans une chambre ou un dressing.

     

    Dans la pièce où il m'attend se trouve une femme, très belle, qui lui fait face à quelques mètres. J'entre dans la pièce et je sens immédiatement le regard de cette femme sur moi. Je la détaille en une seconde, avec attention. Puis je me penche sur Tendre Moitié pour l'embrasser. Il se détache un peu, lève les yeux vers la femme, m'embrasse et regarde de nouveau la femme.

     

    Nous commandons. Tout, ici, est parfait : menus imprimés sous forme de dictionnaire loufoque, meubles savamment dépareillés, petits détails craquants ici et là comme de la porcelaine de brocante ou d'improbables meubles de design danois. La bouffe est impeccable : turbot et bar d'une fraîcheur exquise, polenta irréelle de perfection, purée à l'huile d'olive à tourner de l'oeil. Et ce n'est pas fini. A l'étage, je découvre une autre surprise au fond d'un couloir, où se trouve un grand placard recouvert d'un miroir ; il faut l'ouvrir, se cacher à l'intérieur, puis se laisser tomber dans une pièce secrète, décorée à la "Alice au pays des merveilles"...  

     

    Oui, vraiment, la soirée aurait pu être magique.

     

    Derrière, 69 rue des Gravilliers, 75003
    01 44 61 91 95

  • Le goût des autres

    28 mars 2009

    Écrire sur les gens de ma vie dans le cadre d'un blog est un exercice très difficile : il faut à la fois réussir à préserver les susceptibilités, rester pudique mais pas trop sinon c'est pas drôle, tenter un mouvement de recul mais c'est pratiquement impossible avec les gens qu'on aime, ne pas être vache ou mesquin, respecter en égratignant gentiment, et puis qui choisir ? Je viens de terminer deux pages sur A. qui m'en voudra sans doute d'écrire, une fois de plus, quelque chose sur elle après l'avoir tellement fait. Peut-être que je n'y arrive pas parce que le média ne s'y prête pas, parce qu'elle n'entre pas dans ce cadre, dans la fenêtre blanche de l'ordinateur, tout comme plusieurs autres, d'ailleurs.

  • La radio la plus libre

    22 mars 2009

    On trouve plusieurs radios sur le net, mais Arte Radio est de loin le bijou le plus précieux. Véritable résevoir de sons, d'ambiances, de reportages étranges et de collages sonores, on y rencontre des inconnus à la voix tremblante ou assurée, hommes et femmes dans leur quotidien qui devient le nôtre, entre les témoignages de deux nanas sur la fidélité (elles ont 23 ans) au collage malin de "messages amoureux sur répondeur", où le type répète soir après soir qu'il est fatigué et qu'il va se coucher (mais diantre pourquoi pas auprès d'elle ?) Plus coquins, on trouve aussi quelques énigmatiques voix chuchotées et des souffles courts, des rires soufflés et le bruit du briquet qu'on allume après l'amour.   

     

    De loin, la radio la plus libre du monde.

  • Dehors

    15 mars 2009

    Dehors
    Le lièvre court la hase
    Dehors
    Tout le monde dehors
    J'embrase mon terrier
    J'annule la chambre à part
    Je sors me joindre à l'affluence
    Me poser sur la branche
    Au risque de me trouver
    A l'étroit

    Faudra se serrer
    Comme une forêt vierge
    Faudra se mêler
    Nos lianes infinies

    Dehors
    La flore est à l'orage
    Dehors
    La peur de l'eau qui dort
    Je prépare mes hameçons
    Mon bouchon et consorts
    Ça mord ça fout l'effervescence
    Au gardon à la tanche
    Au risque de me trouver
    Devant toi

    Effet de serre
    Ma vie sous verre s'avère

    ébréchée

  • Quelques pages saumon

    13 mars 2009

    Souvenir du FT Week End désossé en mille morceaux dans la chambre minuscule de B. ; ses petits chapeaux, son amour du verbe. Il deviendra journaliste quelques années plus tard. J'ai conservé deux de ses lettres, si précieuses parmi les rares que je recevrai : « J'appuie sur des touches et écoute ce que le ruban a à dire, tandis qu'elle est là, lisante, fumante. Elle se délasse en contrepoint de mon travail. L'atmosphère se feutre pour ainsi dire du fait de sa présence ; veut-elle passer un pull contre le froid que je refuse ». J'en ris encore. Puis : "Une femme nue au travail, plaisir du temps des colonies qui évoque quelques lointains protectorats en dépit du peu d'exotisme de ma chambre de précepteur de province." Depuis B., je lis toujours, depuis, le fameux quotidien aux pages saumon.

     

    De M., souvenir d'une liberté impossible, entrée dans les mots, « écris simplement », ah ce lieu inattaquable qu'est le premier amour, goût d'une vie secrète, désir de vivre loin.

     

    D'O., les nuits d'été, vie de musicien et d'étude, puis l'hiver, La Recherche, incompréhension mutuelle. Rupture et silence qui dure depuis.

     

    D'A., la passion maladroite, tâtonnements, puis, un livre.  "Si tu détruis, que ce soit avec des outils nuptiaux".    

  • Elysian Fields, les bien nommés

    08 mars 2009

    J'écoute sa voix de miel, sa voix de lait, j'appuie pour la vingtième fois sur « Replay » pour entendre de nouveau Someone, puis Climbing My Dark Hair, puis The Moment comme pour vérifier quelque chose, « The moment my eyes struck yours », encore, encore, j'ai l'impression de revivre le choc de ma première écoute de La Mar Enfortuna, c'était à Barcelone la première fois. 

     

    Jennifer Charles et son groupe Elysian Fields sont en concert ce soir à Paris. 

  • Vivre loin

    08 mars 2009

    Vendredi matin, lumière d'aube et d'hiver, je traverse l'avenue, il fait froid mais je n'ai pas froid, je passe au kiosque, je me retourne, d'un côté l'Etoile, étrange axe, je croise des hommes en costume, des Japonaises qui marchent à petits pas, un balayeur de rue, il est vieux, le matin est beau, le matin est un si beau moment, j'entre dans l'immeuble où est mon bureau, le gardien est gentil, personne à l'étage, silence, les pièces sont encore vides et les tables encombrées de documents, de tasses, de stylos, j'aime cette odeur de papiers et d'humains quand je traverse les couloirs, parfois la vie est très jolie comme ça, un peu banale et échevelée, je me fais un thé à l'abricot, j'entends les premiers pas, bonjour.  

     

    Photo Nicolas Urlacher.