• Anti-blog mode

    08 juillet 2013

    - Joli motif ta robe, rue de la villette again ?
    - Non le stock maje (je déteste maje mais ce motif est joli et elle est en soie) rue de marseille et le stock claudie pierlot pour le trench. Bonnes affaires meuf, bonnes affaires.
    - ...Maje :)
    - Je sais c'est horrible.
    - Mais non mon haut aussi ! C’est pas horrible juste cher, mais soldes.
    - Non mais la "fille maje" tu sais, c'est une représentation assez horrible pour moi, je la vois avec sa jupe bleu électrique jusqu'au sol en faux acrylique made in india et son sac gérard darel et ses cheveux droits et ses problèmes existentiels au café avec ses clopes et son portable à grigris.
    - Ahahahaha, what an accurate description- en face, son mec avec un t-shirt blanc au col un peu large, un bonnet même en été, des wayfarer et des feiyue aux pieds.
    - Mais tellement, il pense qu'il est cool alors qu'il bosse comme commercial chez Axa.
    - Hihihi, non, il fait un job boring mais bien payé genre finance, et tente de se trouver une street cred en allant au concert des midnight juggernauts à la maroq’.  
  • Miss My Lion

    10 juin 2013

    Entrer dans une chanson de Scout Niblett c’est entrer dans une pièce remplie d’images, une maison de poupées cassées dont on a perdu les habits. A 40 ans Scout se fait plaquer par son mec et en fait un album, It’s Up to Emma, dont on peut soupçonner l’inspiration autobiographique. Pleine d’énergie noire elle fait ce beau disque à la fois simple et puissant. Elle est Anglaise mais vit à Portland, confronte l’americana à l’histoire du rock anglais, est grunge avec un visage d’enfant.     

    Il n’y a évidemment que trois sujets qui comptent : l’amour la mort la vie, et Scout excelle dans la narration des deux premiers. Avec Will Oldham elle fait Kiss dont les paroles au romantisme adolescent émeuvent jusqu’à la 750e écoute. Puis elle écrit Gun, première chanson d’un disque qui résonne comme un cri vengeur : I think I’m gonna buy me a gun/a nice, silver one. 

    Scout est belle mais s’enlaidit sublimement, comme dans ce Concert à Emporter où elle monte les escaliers d’un immeuble parisien, guitare électrique accrochée sur sa veste réfléchissante, clin d’œil à la couverture de son album Kidnapped by Neptune. Les cheveux gras, les bottes lourdes, elle avance en soldat épuisé. Arrivée au dernier étage on lui offre du thé comme on le ferait pour quelqu’un qui a eu très froid.  

    Dans The Calcination of Scout Niblett, Scout cherche définitivement à disparaître. Le titre même de l’album donne à penser aux bibliques paroles de la poussière d'où on vient, d'où on retourne, et d'où on va encore. Scout est mystique : And the voices said, "Just do it!" / And I think I agree. Ses balades unplugged, à ne pas écouter avec une boîte de médicaments, posent la question irrésolue : Can I just look at myself, long enough to see?

    C’est ce truc faussement candide que j’aime. En concert à Paris samedi dernier, elle attaque ses chansons hyper dures avec sa petite fleur dans les cheveux et sa robe babydoll comme Courtney à l’époque de Violet, quand elle portait une robe bleue sans rien dessous (il paraît). 

    Mais Scout rit et c’est étrange. Il y a quelque chose d’impossible. Quelque chose en elle n’a absolument pas grandi, elle regarde médusée la merde du monde et s’y enfonce avec détermination. Dans le clip ultra lo-fi qu’elle a fait pour Gun, elle se déguise en Blanche Neige et amuse les enfants d’un luna park – mais malgré le déguisement, la fille n’est pas rassurante et personne n'y croit.    

    Un ami, à qui j’exprimais ma stupéfaction du fait que Scout Niblett ne soit pas plus connue en comparaison avec une PJ Harvey : « La musique de PJ est moins barrée. Et je pense que Scout Niblett s’en fout pas mal de vendre beaucoup de disques. C’est un peu l’anti-Cat Power, qui elle a commencé à vendre beaucoup de disques quand elle a arrêté de boire et qu’elle a fait des choses insipides. »  

    Cheers.


    Photo Maciek Pozoga, série Sunset Over Serotonin
    http://maciekpozoga.com/personal/sunset-over-serotonin/
  • Scout Niblett

    06 juin 2013

  • J'étais partie très loin

    22 mai 2013

    Ça fait plus d’un an que je n’ai pas posté, aussi je suis tombée sur ce blog où la fille – un génie – je ne dis pas ça parce que je m’identifie – explique pourquoi la dépression l’a empêchée de produire mais aussi ressentir quoi que ce soit pendant deux ans.    

    Je n’avais jamais lu quelque chose d’aussi clair sur le sujet.

    Enfin - grosse ellipse ici - le fait de ne plus arriver à lire de romans (la cause de ceci qui entraîne cela) m'a ouvert sur le monde du dessin et de la bande dessinée, comme quoi on peut avoir des ressources insoupçonnées de curiosité et d'intérêts. 

    http://hyperboleandahalf.blogspot.fr/2013/05/depression-part-two.html
  • How to Disappear In America 2

    22 mai 2013

    Tu me dis d’écrire spontanément alors je vais le faire, je vais parler de manière semi-automatique un peu comme quand je vais chez la psychanalyste, je remarque que je n’écris plus d’ailleurs depuis que je vais là-bas, il y a un truc qui lutte avec la création, peut-être qu’on ne peut pas sublimer tous azimuts. Ou alors c’est autre chose, cet éternel sentiment de marcher à côté de soi. La nuit dernière j’ai rêvé que j’allais chez une créatrice de mode et que je tombais sur une robe hyper jolie, en fait ça fait des années que je n’achète plus vraiment de vêtements et encore moins de robes, les trucs féminins tout ça, et cette robe m’allait très bien et ça me faisait vraiment très plaisir qu’elle tombe si bien, je ne sais pas si c’était une robe dernier cri mais en tout cas les couleurs étaient parfaites, et en me réveillant j’ai réalisé tout le bonheur que je refoulais en refusant le plaisir de ces choses-là, les robes, les couleurs, les symboles de la féminité, parce que j’ai tellement peur de la pression de la séduction, et aussi parce que c’est difficile d’avouer qu’on aime secrètement ces choses-là, qu’on pourrait aussi susciter du plaisir dans le regard des autres. Dans The Artist Is Present, Abramovic disait que les robes de Riccardo Tisci lui avaient procuré un « plaisir coupable ».


  • Le corps-contrôle

    16 avril 2012

    "La dévalorisation systématique de leur physique que l’on encourage chez les femmes, l’anxiété et l’insatisfaction permanentes au sujet de leur corps, leur soumission à des normes toujours plus strictes et donc inatteignables sont typiques de ce que l’essayiste américaine Susan Faludi a identifié en 1991 comme lebacklash : le « retour de bâton », qui, dans les années 1980, a suivi l’ébranlement provoqué à la fin des années 1960 par la « deuxième vague » du féminisme. Le corps, comme l’a montré Naomi Wolf dans The Beauty Myth (« Le mythe de la beauté »), paru la même année que le livre de Faludi, a permis de rattraper par les bretelles celles qui, autrement, ayant conquis – du moins en théorie – la maîtrise de leur fécondité et l’indépendance économique, auraient pu se croire tout permis. Puisqu’elles avaient échappé aux maternités subies et à l’enfermement domestique, l’ordre social s’est reconstitué spontanément en construisant autour d’elles une prison immatérielle. Les pressions sur leur physique, la surveillance dont celui-ci fait l’objet sont un moyen rêvé de les contenir, de les contrôler. Ces préoccupations leur font perdre un temps, une énergie et un argent considérables ; elles les maintiennent dans un état d’insécurité psychique et de subordination qui les empêche de donner la pleine mesure de leurs capacités et de profiter sans restriction d’une liberté chèrement acquise. Elles-mêmes, en outre, se sentent coupables de la transgression que constitue leur présence dans des sphères d’où elles ont longtemps été exclues ; elles ont donc tendance, pour compenser, pour rassurer les hommes ou pour se rassurer elles-mêmes sur leur pouvoir de séduction, à surenchérir dans le soin porté à leur apparence."

    Mona Chollet, "Beauté Fatale - Les nouveaux visages d'une aliénation féminine", Paris, éd. Zones, 2012.
  • Le désennui

    09 avril 2012

    Tous les matins, je dépose ma progéniture chez la personne qui la garde tandis que je pars gagner ma vie à l’autre bout de la ville. Et tous les matins, je croise le même vieux monsieur qui surveille les allées et venues des gens qui entrent dans "son" immeuble. Je ne sais pas s’il s’agit vraiment du concierge, ou simplement s’il est là pour voir des gens. Il est toujours habillé de la même manière : une veste bleu marine très défraîchie, une chemise bleu clair, un pantalon noir et des chaussures usées. Il a les cheveux blancs, le dos voûté, la peau un peu rouge, des yeux petits et clairs, et le sourire poli des gens qui vivent depuis longtemps avec la solitude.  

    Pendant plusieurs semaines, il restait planqué de l’autre côté de la porte, me guettant sans m’aider avec la poussette et me laissant trouver l’interphone jusqu’à ce que je réussisse à entrer péniblement en coinçant la porte avec mes fesses et mon pied, puis en glissant vite la poussette à l’intérieur en soulevant les roues pour éviter le paillasson, juste avant que la porte ne se referme brutalement sur la petite chose de 7 kg qui gazouillait au milieu de tout ça.

    Il est là, il me regarde sans comprendre qu’il aurait pu m’aider, comme retranché de la vie, en spectateur du monde. Je lui souris d’un air un peu exaspéré. Jour après jour, il a répété le même manège jusqu’à ce qu’il comprenne que je ne représentais probablement pas une menace pour l’immeuble et sa personne, et qu’il finisse par m’ouvrir et me tenir la porte.  

    Encore ce matin c'est le même manège, la même petite gêne répétée. Il ne sait pas trop quoi me dire et moi non plus, et quand je tente une approche gentille il n’écoute pas ou bien il n’entend pas. Il me parle du temps qu’il fait, m’annonce « qu’il ne fait jamais beau temps à Pâques » ce que je n’avais jamais remarqué précédemment. Dernièrement il a soufflé  « Une autre journée… à passer… », il a prononcé la phrase comme ça, en la lâchant presque par accident, en deux temps, en prenant bien son temps, en prononçant les mots, en respirant à l’hémistiche. Et ça m’a bouleversée longtemps, dans l’infini trajet du métro qui a suivi. Les jours s’égrènent si péniblement et si lentement, sur ce long ruban à mesurer jusqu’à la mort. Je me rappelle d’une phrase de ma grand-mère maternelle qui n’était pratiquement pas allée à l’école et qui, me demandant si j’aimais étudier et lui répondant par l’affirmative, avait conclut que l’école était sûrement « un bon désennui ».  

    Je me suis beaucoup ennuyée enfant et adolescente mais très peu par la suite. Je crois que les publicités « contre le quotidien » et « contre l’ennui » avec un yaourt spécial « exotique » ou des voyages low cost, en y réfléchissant très sérieusement, pourraient assez facilement me faire pleurer. « Le quotidien est l’ennemi du marketing », rationalise un collègue planneur stratégique avec qui je travaille. Je me demande si ce n’est pas la même chose, cet ennui artificiellement créé par les lois si intelligentes du marché et cette autre forme d’ennui, cette attente sans but, cette longue et angoissante attente, des petits vieux aux portes des immeubles.   

    Photo : Thomas Ruff, Sterne series (1989-1992).
  • Ulrike Meinhof als junge Journalistin

    16 mars 2012