• Lettre de Death Valley

    13 avril 2010

    "Lever 6h30, début tournage 7h.
    11h : On lève le camp de notre QG dans le désert du Mojave pour Death Valley.
    13h30: On atteint Ibex Road. A 5 km, notre destination. La route devient une piste. Mon bouquin dit que c'est accessible aux conducteurs de 4x4 débutants.
    13h30: La voiture s'ensable.
    13h40: La voiture est dégagée.
    13h50: La voiture s'ensable.
    14h00: La voiture est dégagée.
    14h15: La voiture s'ensable. De nouveau. On essaie de voir si on peut actionner la fonction 4 roues motrices pour avoir de la puissance. On se rend compte que la voiture qu'on nous a louée pour une 4 roues motrices n'est pas une 4x4, mais une 2 roues motrices.
    14h15-14h30: On fait 5 mètres de progrès.
    14h30-15h: On essaie de dégager. En vain.
    15h: Josh, l'ingenieur du son, et moi-même partons chercher de l'aide. A pied.
    17h: On arrive à la route principale.
    17h02: Josh et moi sommes pris en stop par deux jeunes grimpeurs.
    18h: On chope une remorqueuse 4x4. Le chauffeur, Dennis, nous raconte comment sa dernière sortie a consisté a aller chercher la voiture d'une infirmière qui traversait la montagne par les pistes avec son fils de six ans, dix kilomètres avant notre route. Ils sont rentrés loin dans les terres, ils sont restés coincés cinq jours, le fils est mort. Le shériff a appris qu'elle s'était mariée 4 jours après être rentrée chez elle. Moi j'en ai eu les poils qui se sont dressés.
    19h: On est de nouveau à Ibex Road.
    19h20: La remorqueuse nous sort de l'ornière. Le soleil se couche. Je raque 540$.
    20h30: On est encore sur la route vers notre QG. Tout le monde est épuisé et de mauvaise humeur.

    Mon Dieu.
    Et toi, ça va ?

    Eva"
  • Kate Lanphear

    11 avril 2010

  • L'infini mis à la portée des caniches

    04 avril 2010

    L’amour.
    Il me semble en avoir assez peu parlé dans le cadre de ce blog. Ou alors il n’a été question que de cela. L’écriture publique, celle qui est faite pour être lue, exposée, googlisée à toute heure du jour et de la nuit, accessible, celle qui m’oblige à « m’exposer » et donc à être « disponible », reste toujours, il me semble, une forme de séduction. On ne s’offre pas publiquement pour ne pas séduire, et même choquer et déplaire ; c’est encore espérer éveiller quelque chose dans la pensée de l’autre. Amour au sens global, de l’auteur pour ses potentiels lecteurs, ou pour un lecteur en particulier sous le regard de tous les autres lecteurs. Le blog pourrait se lire comme une histoire à tiroirs qui formerait une sorte de commode, on ouvrirait un tiroir pour en trouver les objets entassés et poussiéreux, dans un autre, la brassée des fleurs de lavande. Mais l'objet est complètement virtuel et pourrait disparaître, gros bug, fin du truc. 

    Tout ça.
    Est tellement 2.0.    
  • Tracey (Emin)

    09 mars 2010


    Photo © Tracey Emin, One thousand drawings by Tracey Emin, 2009.
  • La fin d'un lieu

    07 mars 2010

    On vit dans un lieu, on l’habite, on l’abîme un peu, on y laisse son insoupçonnable trace, on devient un fantôme invisible pour le prochain locataire qui regardera, comme nous, le même espace dans le même silence. Il y a quelque chose d’étrange dans la passation successive d'un espace, comme les livres empruntés et rendus à la bibliothèque où le lecteur peut apprécier, en une sorte de voyeurisme complice, les pages cornées, le cerne d'un verre, les passages soulignés. Qui es-tu, lecteur inconnu qui s’est arrêté exactement au même endroit que moi, sur cette même chute de paragraphe ? Dans le même ordre d’idée, je me surprends parfois à fixer une pièce de monnaie, à m’imaginer son petit voyage partout en Europe et peut-être ailleurs, de sacs en poches arrières de jeans, de main en main, avec ce que cela peut sous-entendre de dégoût et de vertige.  

    On peut quitter les lieux mais on peut difficilement se quitter soi-même. C’est à cela que je pense quand je regarde les oeuvres de la jeune artiste américaine Kate Gilmore et notamment Standing Here. Dans cette vidéo, Gilmore pénètre un espace rectangulaire en plâtre en le « cassant » du bout de sa chaussure à talon. La scène est filmée en plongée directe, de manière à ce que le spectacteur assiste à son « intrusion » dans l’espace sans avoir un accès visuel à l’extérieur de la boîte. Une fois à l’intérieur, Gilmore, vêtue d’une robe rouge à pois blancs et de collants noirs, poursuit son petit travail de destruction, frappant les parois de ses poings, coudes, genoux et pieds afin de se hisser tant bien que mal au-dessus de la boîte. Le vêtement, volontairement encombrant, gêne ses mouvements violents, dévoilant en même temps un bout de cuisse ici, une épaule là, féminin masculin, on y vient - et d'ailleurs, ce petit décalage n'est pas sans créer une forme de provocation érotique, qu'elle soit volontaire ou non. La boîte, déchirée, est présente dans l’exposition, laissant au spectacteur le loisir d’y passer une tête ; elle était là, Gilmore, juste là. Elle était ici même, dans cet espace-là. Il n'en reste que la trace filmée, petit fantôme rouge en fuite vers le haut, tel Casanova, quelques siècles plus tôt, fuyant par le haut les plombs de sa prison vénitienne.   

    Photo © Kate Gilmore, Standing Here, 2010.
  • 10 Mile Stereo

    23 février 2010

    Nous roulons tous les quatre depuis des heures, je me penche vers la vitre pour regarder la nuit américaine. Les pins défilent innombrables de chaque côté de la route ; nous entrons dans Manhattan par la côte est, les rues sont vides, New York dort à peu près, la chaleur du mois d'août a pénétré les briques et le sol, étrange sensation d'être au coeur du volcan endormi.
  • Fleuves

    31 janvier 2010

    Pourquoi Paris, j’ai essayé souvent et beaucoup tu sais, grande histoire depuis dix ans, voyages clandestins, amours et jardins, froid coupant de l’hiver, appartements nombreux, rencontres par milliers, brassage, je ne sais pas, la question est difficile et complexe, une fuite tu crois ? Non ce n’est pas ça, c’est seulement un chemin difficile et obscur, une autre parade sauvage. Les jours passent comme une épreuve répétée, tu es un poème difficile, j’aime ton parfum et ton vin, cette élégance que tu revêts, ta pudeur jalouse, ce beau fleuve qui te scinde. Moi aussi je viens d’un pays de fleuves, tu as déjà vu là où les eaux se rétrécissent ? Et puis l’autre jour à la préfecture, naturalisation refusée, dommage. Tu es si cruelle et merveilleuse. Pourtant je te connais bien, je sais qui passe ici depuis quelques siècles, j’ai lu, dans tes chambres et tes quartiers, ceux qui t’ont habitée, parfois j'ai aussi l'étrange impression de t’habiter d’assez loin, comme d’une vie antérieure à ma vie.
  • Cendrillon

    16 janvier 2010

    a : le feu d’issey miyake s : eau noire de dior e : blu mediterraneo par acqua di parma a : calèche d’hermès a : paris d’yves saint laurent c : eau de cartier c : eau des merveilles d’hermès n : azzaro pour homme p : eau sauvage de dior m : opium pour homme d’yves saint laurent d : original vetiver de creed g : angel de thierry mugler n : l’eau diptyque m : chanel n°5 r : dior homme a-c : féminité du bois de serge lutens a : lolita lempicka s : ambre fétiche d’annick goutal inconnue dans le métro : amarige de givenchy et je cherche encore quelle cendrillon oserait porter vol de nuit ou l’importable n°19.