Méfie-toi, Françoise

28 juillet 2011

Wall Street English, petit lapin rose doigts coincés dans le métro, spot nul pour L’Opéra de Paris, Belleville Goncourt République, République Bonne Nouvelle Strasbourg Saint Denis, l’étrange odeur de mort entre Miromesnil et Saint-Augustin et l’interminable trajet depuis Alma-Marceau jusqu’à Marcel Sembat alors que ça a l’air si court sur la carte. Je ferme les yeux pour ne pas voir les gens. Je pense à des chansons je pense à des souvenirs. Deux fois on m’offre de m’asseoir. Toujours des femmes d’un certain âge.

Parfois quand on quitte la lecture d’un livre – j'ai terminé La Place d’Annie Ernaux à Havre-Caumartin, court récit où elle raconte son enfance chez ses parents commerçants jusqu’à son entrée à Normale Sup, et l’indicible honte liée à ce changement de statut social – j’ai l’impression de quitter quelqu’un après un dîner particulièrement agréable, quand on n’ose pas proposer un verre, après. Mais je quitte peu de gens.  

Porte de St-Cloud. Exelmans. Plus de 20 stations et toujours le même relou en face. Un petit garçon cherche mon regard sur le siège d'à côté. J’ai tellement d’admiration pour les histoires longues, les gens calmes, la sérénité des grands âges, les silences chargés de profondeur. Je suis toujours admirative quand on me raconte qu’on ne se rend même plus compte que ça fait vingt ans qu’on s’aime. Qu’on n’a jamais changé d’appartement, de quartier, de ville, depuis son enfance, parce qu’au fond on est bien là où on naît/est. Je suis fascinée par les gens peu pressés, qui ne brûlent pas les étapes, qui savent gérer l’angoisse et l’attente, le fait de ne pas savoir. Ceux qui choisissent des voies rassurantes, des gens constants. Ceux qui exercent avec patience le même travail, quand celui-ci se mélange subtilement à la vie.