Trois jours à Robert-Debré

12 janvier 2012

Cela fait maintenant trois jours que tu es hospitalisée à l’hôpital Robert-Debré. C’est dans cet hôpital que l’on soigne les enfants malades des poumons, du sang, de la tête, des os, et toutes les maladies graves et rares et les autres aussi, les plus banales, à surveiller, un peu comme toi en ce moment. L’hôpital s’organise en rues hospitalières bordées de chambres, d’offices, de postes de soins, de blocs opératoires. J’ai même vu l’écriteau « chambre mortuaire » au sous-sol juste sous « drépanocytose », ambiance. Il n’y a pas de jour il n’y a pas de nuit, ici la vie se découpe en un long continuum où les équipes finissent par tourner, seul indice du temps qui passe. Dehors l’église a été construite à même le projet architectural conçu par Pierre Riboulet en 1988 comme si les parents bien qu’athées sans doute finiraient par abdiquer pour aller y chercher des réponses aux questions insolvables. C’est aussi ici qu’ont été tournées les scènes de La Guerre est déclarée, véritable poème sur le couple dans l’épreuve de la maladie. Je pense également à Philippe Forest qui n’a cessé d’écrire sur le drame de sa vie, la mort de sa fille qui lui a fait écrire de si bouleversantes et magnifiques phrases.

Ici et là nous croisons des parents hagards, des familles. La cafétéria fermant à 20h, je me nourris dans les machines distributrices. J’ai appris des mots nouveaux : désaturer, rescoper. Des infirmières traversent vite la nuit dans les couloirs, petits points blancs virevoltant en silence comme des lucioles, des méduses.  

Cela fait maintenant 29 jours que nous vivons ensemble. Souvent tu émets des petits bruits d’animal blessé comme un lièvre pris dans un collet. Je me demande quel est l’état de ta conscience, toi qui se souvient encore de ta vie d’ « avant ». Je pensais à cela en rentrant chez moi après avoir passé près de 24 heures à tes côtés dans la chambre bleue n°27. En sortant de la douche j'ai cru t’entendre gazouiller mais il n’y avait personne, comme si un petit fantôme avait pris ta place.

Photo Ryan McGinley, Untitled (Bungee), 2005