La Femme qui pleure

02 juin 2009

Plus je regarde cette photo de Dora Maar, plus je me dis qu’elle est de loin le portrait le plus sombre et le plus cruel que l’on a fait de Picasso. Noir et blanc, version négative bien sûr, mais ce qui m’étonne encore plus c’est la division dans la division : on se retrouve devant quatre images du peintre, Picasso semblant se délier, se défaire en un seul trait ou encore, être tiré par une main insistante derrière une paroi difficilement identifiable. Manipulé ou traître, ou quelque chose entre les deux.  

 

Henriette Theodora Markovitch, née le 22 novembre 1907 à Paris et morte le 16 juillet 1997 à Paris, hier donc, était une photographe et peintre française, connue sous le pseudonyme de Dora Maar. Fin 1935, elle est engagée comme photographe de plateau sur le film de Jean Renoir, Le Crime de Monsieur Lange. C'est à cette occasion que Paul Éluard lui présente Pablo Picasso. Dora Maar photographie les étapes successives de la création de Guernica ; parallèlement, elle est modèle pour Picasso qui la représente le plus souvent en larmes ; elle-même réalise plusieurs autoportraits intitulés « La Femme qui pleure ». Mais Dora Maar, photographe géniale, artiste libre, belle et convoitée par le petit cercle de Surréalistes qui lui tournent autour, ne fera pourtant jamais le poids devant l’ « autre » : la belle passive, douce et ronde Marie-Thérèse Walter.

 

Sans doute que la rivalité est trop épuisante pour le peintre qui préfère Dora à petites doses. Elle ne comprend pas alors elle pleure, elle est « La Femme qui pleure » ; elle sera aussi cette femme au mouchoir, ce tableau troublant qui la représente foudroyée de souffrance. C'est sans doute inspirant pour un peintre. 

 

Sa liaison avec Picasso s'achève en 1943, bien qu'ils se revoient épisodiquement jusqu'en 1946. En 1945, par l'intermédiaire de Paul Éluard, Dora Maar rencontre Jacques Lacan qui la soigne de sa dépression nerveuse. Toute l'œuvre de Dora Maar aura été éclipsée par la relation qu’elle a cherché à entretenir avec Picasso ; et elle se demandait sans doute : comment fait-il pour ne pas me voir, tandis que je suis  ?

 

Picasso, bon prince (et encore) lui achète une maison à Ménerbes, dans le Vaucluse ; initiative qui lui servira sans doute plus à le déculpabiliser qu’à lui faire plaisir à elle. Elle s'y retire et y vit seule avant de se tourner vers la religion catholique ; et encore une fois je me dis que l’histoire se répète, que l’œuvre d’une femme s’arrête brutalement devant et par et pour un seul homme, mais de cela on ne parle pas beaucoup dans les manuels d’Histoire de l’Art.