Miss My Lion

10 juin 2013

Entrer dans une chanson de Scout Niblett c’est entrer dans une pièce remplie d’images, une maison de poupées cassées dont on a perdu les habits. A 40 ans Scout se fait plaquer par son mec et en fait un album, It’s Up to Emma, dont on peut soupçonner l’inspiration autobiographique. Pleine d’énergie noire elle fait ce beau disque à la fois simple et puissant. Elle est Anglaise mais vit à Portland, confronte l’americana à l’histoire du rock anglais, est grunge avec un visage d’enfant.     

Il n’y a évidemment que trois sujets qui comptent : l’amour la mort la vie, et Scout excelle dans la narration des deux premiers. Avec Will Oldham elle fait Kiss dont les paroles au romantisme adolescent émeuvent jusqu’à la 750e écoute. Puis elle écrit Gun, première chanson d’un disque qui résonne comme un cri vengeur : I think I’m gonna buy me a gun/a nice, silver one. 

Scout est belle mais s’enlaidit sublimement, comme dans ce Concert à Emporter où elle monte les escaliers d’un immeuble parisien, guitare électrique accrochée sur sa veste réfléchissante, clin d’œil à la couverture de son album Kidnapped by Neptune. Les cheveux gras, les bottes lourdes, elle avance en soldat épuisé. Arrivée au dernier étage on lui offre du thé comme on le ferait pour quelqu’un qui a eu très froid.  

Dans The Calcination of Scout Niblett, Scout cherche définitivement à disparaître. Le titre même de l’album donne à penser aux bibliques paroles de la poussière d'où on vient, d'où on retourne, et d'où on va encore. Scout est mystique : And the voices said, "Just do it!" / And I think I agree. Ses balades unplugged, à ne pas écouter avec une boîte de médicaments, posent la question irrésolue : Can I just look at myself, long enough to see?

C’est ce truc faussement candide que j’aime. En concert à Paris samedi dernier, elle attaque ses chansons hyper dures avec sa petite fleur dans les cheveux et sa robe babydoll comme Courtney à l’époque de Violet, quand elle portait une robe bleue sans rien dessous (il paraît). 

Mais Scout rit et c’est étrange. Il y a quelque chose d’impossible. Quelque chose en elle n’a absolument pas grandi, elle regarde médusée la merde du monde et s’y enfonce avec détermination. Dans le clip ultra lo-fi qu’elle a fait pour Gun, elle se déguise en Blanche Neige et amuse les enfants d’un luna park – mais malgré le déguisement, la fille n’est pas rassurante et personne n'y croit.    

Un ami, à qui j’exprimais ma stupéfaction du fait que Scout Niblett ne soit pas plus connue en comparaison avec une PJ Harvey : « La musique de PJ est moins barrée. Et je pense que Scout Niblett s’en fout pas mal de vendre beaucoup de disques. C’est un peu l’anti-Cat Power, qui elle a commencé à vendre beaucoup de disques quand elle a arrêté de boire et qu’elle a fait des choses insipides. »  

Cheers.


Photo Maciek Pozoga, série Sunset Over Serotonin
http://maciekpozoga.com/personal/sunset-over-serotonin/