Les cheveux courts d'Amelia Earhart

02 septembre 2009

Lorsque Britney Spears, le 18 février 2007, décide de se raser la boule à Z, elle est encore cette petite fille arrachée à l'enfance qui chantait il n'y a pas longtemps : « I am not a girl, not yet a woman ». Il faut une personnalité et un équilibre certains pour supporter la publicité; voire une hauteur, un mépris qui vous placent, et ce sans culpabilité, au-dessus de la mêlée. C'est ce que réussit, avec une grâce aristocratique, un personnage aussi génialement vain que Paris Hilton. Ne rien faire et l'assumer ; Paris est plus riche aujourd'hui que si elle s'était seulement contentée de gruger son patrimoine financier. Son image est devenue une marque, un brand ultra rentable. Il fallait une sacrée intelligence et un sang-froid extraordinaires pour en arriver là.  


Mais Britney n'étant pas de ce côté de la frontière, elle s'infligea (pour différentes raisons bidons dignes de Marie-Claire : se réapproprier son image déjà meurtrie, se punir d'un je-ne-sais-quoi sans intérêt), une mutilation historiquement très marquée : la tonte.  


Il y a une idée si solidement ancrée dans l'inconscient collectif autour des femmes aux cheveux courts. C'est Jean Seberg, c'est Mia Farrow dans Rosemary's Baby, c'est Françoise Sagan, c'est la beauté extraordinaire de la pilote Amelia Earhart. Femmes supposément libres, sorcières magnifiques, elles seraient plus indépendantes que leurs consoeurs aux cheveux longs. Et les tops aux cheveux courts (Agyness Deyn) ou qui se coupent brutalement les cheveux (Cécile de France, Victoria Bekham) font toujours leur petit effet dans la presse people, comme si c'était un risque tellement grand à prendre, l'évidence d'une personnalité de feu. Et je ne parle pas des cheveux couverts par les burqas, chapeaux, voiles et autres couvre-chefs, censés protéger l'érotisme du tégument capillaire; il y a quelque chose de terriblement sexuel dans le cheveu. Chez les dieux masculins de la mythologie grecque ou biblique, il est toujours synonyme de force, de virilité. Peut-être s'imagine-t-on aussi qu'une (jolie) (jeune) femme aux cheveux courts ne jouerait pas a priori de son charme, mais de sa force.


Pour revenir à Britney, à quoi renvoie l'image du crâne rasé? Souvent, à quelque chose de négatif : le cancer, les tondues, la folie, le refus de la sexualité (moines, bonzes). La maladie, la guerre, la vie contemplative ; triumvirat de l'anti-socialité, choisie ou subie. Je transforme mon corps en niant sa féminité = il m'appartient, je sors de la soumission. On me défigure en me soustrayant ma féminité = je sors de la soumission donc je ne suis plus désirable, je sors de scène.