Cinéma

16 décembre 2013

Ce matin les choses avaient changé, j’ai descendu la rue de Belleville et la lumière était presque bleue comme elle peut l’être l’hiver dans le pays d’avant. J’ai écouté « The Last Song » de Trisomie 21 comme quand je suis heureuse, la new wave française c’est quelque chose. Parfois quand on accorde bien la musique dans ses oreilles avec ce qui se passe à l’extérieur, on a l’impression de vivre un vrai moment de cinéma. Comme si le rythme s’accordait parfaitement aux visages rencontrés, à la vitesse des paysages. Souvent – dans mon cas – elle l’assombrit, ou lui donne une profondeur qui n’existe pas puisque j’aime la musique triste. Ce matin j’ai pensé : un petit cycle s’est terminé. Je suis devenue Française, c’est arrivé au bout de longues années, un long travestissement. J’avais jeté la dernière boîte de Seroplex 5 mg et je n’aime plus autant qu’avant me réchauffer sur le radiateur plutôt que sur un être humain. Puis j’ai pensé aux images que je ne peux m’empêcher de me passer en boucle, les gens qui dansent sur « The Last Song » avec leurs coiffures et leurs habits colorés. Cette manière de vouloir se libérer tout en cherchant le regard et les bras, puis en fermant les yeux pour se recueillir, transe occidentale de la danse, et cette manière si touchante et maladroite de se servir de son corps, sans le maîtriser, en exhibant une sensualité inexistante, ou qui vient de naître, celle qui cherche si fort à en rencontrer une autre. J'ai pensé : j'ai survécu. 

http://www.youtube.com/watch?v=A3ZVZVMIG7g