The Tree of Life

23 janvier 2014

C’est de l’hôpital que je t’écris. J’attends que l’on m’ouvre et m’ausculte à nouveau.  

Rien de grave.  

La nuit est lente et longue et chaude. La fièvre a mouillé les draps, l’aiguille dans mon bras me relie à un fruit qui goutte inlassablement, au rythme du cœur.  

Tu avais apporté des fleurs, une tarte aux prunes, un sac rempli de mes petites affaires, rassurantes, des vêtements de ville qui me rendraient ma dignité.  

Puis tu as disparu.
Un éclair – et puis la nuit.  

Le néon de l’hôpital me garde constamment en alerte, loin de la douceur de la pénombre, pourtant si rassurante, qui me permettrait de me vautrer dans la sensualité de la douleur. Ici, point d’Eloge de l’ombre, les formes sont métalliques et froides, et l’éclairage, m’expliques-tu, est pensé pour débusquer les veines les plus fines.      

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.


Tu as regardé les falaises, longtemps. J’étais derrière toi avec mon appareil. J’ai essayé de retrouver ce poème, il m’est revenu immédiatement et a déroulé son ruban, celui de la mer avec le soleil. Tu ne sais pas que je devinais tes pensées. Je me raccroche à ces images quand on me saigne, me pique, me cisaille ; l’ombre ronde m’enveloppe et me rappelle à quel point la vie est violente dans ses contrastes les plus irréconciliables.  

Pour M.