L'Amérique au jour le jour

22 juillet 2014

« Je marche. Broadway. Times Square. 42e Rue. Mes yeux sont sans souvenir, mes pas sans projet : coupée du passé et de l’avenir, une pure présence. Si pure, si ténue, qu’elle doute d’elle-même et que le monde aussi est en suspens. Je dis : c’est New York ; mais je n’y crois pas tout à fait. Ni rails, ni sillage : je n’ai pas tracé mon chemin sur la surface de la terre ; cette ville et Paris ne sont pas liées comme deux éléments d’un même système : chacune a son temps propre qui ne coïncide pas avec celui de l’autre, elles n’existent pas ensemble et je n’ai pas pu passer de l’une à l’autre. (…) Ce soir, plus qu’aucun soir, je voudrais (…) saisir (crochet) New York (crochet) : avec mes mains, mes yeux, ma bouche, je ne sais pas comment, mais je la saisirai. (…) Mes mains, ma bouche, mes yeux n’ont pas prise sur cette nuit. »  

On est toujours l’étonnement de quelqu’un.    
En fait Beauvoir vit son voyage en littérature ; elle devient un être-pour-le-livre, ses visites sont si détaillées que chacun de ses pas, et tous ses regards sont en marche vers le Journal en préparation.  

J’entends la même chose chez Sagan dans Avec mon meilleur souvenir : « New York est une ville de plein air, coupée au cordeau, venteuse et saine, où s’allongent deux fleuves étincelants : l’Hudson et l’East River. New York vibre nuit et jour sous des coups de vents marins, odorants, chargés de sel et d’essence – le jour -, et d’alcool renversé – la nuit. »