Nelly Arcan, la jeune fille et la mort

26 septembre 2009

   

Nelly Arcan, tu étais pour moi une sorte de Virginie Despentes mais en plus fragile, en plus brisée. Une écriture virile dans un corps et un visage si jolis, un corps prison qui était ta haine et ta parure. Tu dénonçais un système dont tu étais le produit et tu te détestais d'avoir abdiqué. Je t'ai vue la semaine dernière à la télé, tu expliquais calmement, fébrilement au micro de PPdA les obsessions qui ont fait de toi un écrivain, sexe, genre, corps, rapports de pouvoir, de désir et de mort. Tu disais que c'était « beaucoup de travail d'être une femme.» Mais comme tu n'es pas une victime, tu as aussi expliqué que les femmes étaient en partie responsables de leur état. Que si les hommes les représentaient toujours comme des produits baisables, «les femmes, malgré elles, [avaient] pris le relais pour incarner cette femme baisable là.»

Tu dis cela et en même temps je te regarde, petite blonde aux yeux bleus, avec tes lèvres gonflées et tes doigts fuselés, tu es désirable et tu t'en défends comme tu peux avec le langage, tu veux être saisissante et en même temps glaçante, tu veux que le lecteur soit choqué, qu'il soit dégoûté et fasciné par toi. Tu es complexe. Tu es contradictoire. Tu agaces et tu troubles.


Tu aurais pu devenir une figure importante des gender studies, tu avais tout dans tes mains, dans tes yeux et dans ton corps mais tu n'es plus là et tu étais un grand écrivain, Nelly Arcan. Tu t'es suicidée jeudi dernier dans ton appart du Plateau Mont-Royal et je t'en veux.   

Photo © Paul-Armand Gette