Rien. Tout.

06 novembre 2009


Il y a des lectures qui rendent heureux.

Qui rendent la vie heureuse.

Je ne sais pas très bien pourquoi. Peut-être parce que c'est gratuit. Peut-être parce que c'est un dialogue silencieux. Peut-être parce que c'est une manière réjouissante d'habiter la solitude et plus généralement, de s'habiter soi-même.


Hier soir je lisais Colette, un auteur que je n'aime pas toujours, trop d'opulence, trop de gourmandise, trop de parfums capiteux et d'ambiances chargées. Et pourtant, quelques lignes se sont glissées jusqu'à mon sommeil, m'accompagnant aujourd'hui de leur liesse. Dans Le Pur et l'impur, Colette relate l'anecdote d'un couple d'aristocrates anglaises qui vécurent ensemble, retirées du monde, pendant plus de soixante ans après avoir fui toutes deux leur milieu d'origine : « À la source de leur sérénité, en remontant un demi-siècle en arrière, du moins trouvaient-elles, encore chaude dans sa cendre, la nuit romanesque de leur première fuite, une course éperdue, un trajet par les chemins montagneux, les pieds saignants dans des souliers de prunelle... (...) Complications, jeux, drames et larmes d'enfants ; - mais de là s'élève, rigide et fleuri comme l'iris appuyé à sa verte lance, un sentiment unique. (...) Que demande-t-elles, en somme ? Presque rien, - tout : vivre ensemble. »


Quelques pages plus loin, Colette recopie des extraits du journal d'une des deux, l'aînée, dont l'écriture d'une simplicité désarmante s'apparente presque à des haïkus : « Mon doux amour. Un jour de silence pensif. » Ou : « Un jour de la plus parfaite et suave solitude. » Ou : « Lu. Écrit. Dessiné. Beau lever de soleil, ciel d'azur. Une molle fumée s'élève en spirales au-dessus du village... Innombrables oiseaux ! » Ou encore : « Ma Bien-Aimée et moi nous nous promenons devant notre cottage. »


Mais oui.
Lorsque se promener avec sa Bien-Aimée devant son cottage relève du miracle, on l'écrit.