Intra Muros

22 novembre 2009

Après quelques années passées derrière les fortifications parisiennes – en l’occurrence, le symbolique périph' –, j’ai été amenée dernièrement à réintégrer Paris intramuros. Intra muros, du latin qui signifie littéralement, comme chacun sait, «dans les murs». Drôle d’expression, surtout lorsqu’elle renvoie à la fois au milieu carcéral et à la ville fortifiée. Paris se replie sur elle-même comme un colimaçon ; elle enferme ses habitants dans ses tentacules, les serre dans son nid exclusif. Je redécouvre ce plaisir singulier,  celui d'être «pressée» au sens premier du terme, d’être «compressée» dans cet enclos parmi une foule qui tourne sans arrêt. Paris serait comme une grande maison dont les murs s’arrêteraient aux portes de la ville ; chaque arrondissement correspondrait à une pièce, avec ses ambiances et sa lumière. J'aime aussi cette sensation retrouvée d'être au cœur et qui est propre à Paris, à sa forme même.

 

Je réalise que cette densité et la proximité de l'intimité des autres invitent forcément à la tolérance, à une sorte de tendresse humaine pour ce quotidien partagé. On finit par aimer les bruits des clés des voisins à heures fixes, leurs enfants qui rentrent de l’école, le ronron de l’aspirateur et les différentes sonneries des téléphones, à tous les étages. Je ne me lasserai jamais du pouls des villes, de leurs pulsations différées, de cette vie qui glisse et se retourne dans chacune de ses venelles et de cette sensation excitante que tout peut arriver, là, au coin de la rue ; plaisir augmenté lorsqu’on finit par croiser des amis et des connaissances par hasard dans l’une des «pièces» de cette maison que nous partageons et qui nous rappelle que nous vivons aussi, même si cela peut sembler abstrait, ensemble.