Les gens morts

27 décembre 2017

Plus le temps passe, plus il y a de gens morts dans le répertoire de mon téléphone portable. Parfois je tombe par hasard sur leurs noms, en déroulant la liste. Leurs textos, leurs messages, restent en suspens dans le fil du temps vertical. Leur absence est encore plus absurde du fait de leur proximité, à bout de doigts, avec leurs numéros encore actifs, au point où je serais tentée, parfois, d'appeler, de déranger, où qu'ils soient. Allo. Mais je ne le fais pas, par superstition, parce qu'il y a un frisson, celui de côtoyer de si près cette absence. Parfois j'apprends la mort autrement, par la ligne coupée du téléphone avant que le numéro ne soit réattribué (d'ailleurs, quel est le temps de veuvage d'un numéro ?). Alors je supprime les noms, par pudeur, par respect, mais je me demande si c'est vraiment une bonne idée, en les supprimant ils disparaîtront tout à fait de ma vie et peut-être même de ma mémoire. Je ne sais pas quoi en faire, car la mort c'est toujours emmerdant, on est toujours à côté. Parfois quand il y a une grosse catastrophe, dans le monde, des attentats par exemple ou un accident spectaculaire je me dis : ah il est mort sans s'être douté une seconde que cet événement allait arriver, il est parti avec une certaine innocence.