Le vélo

19 janvier 2018

Marie m'invite à déjeuner dans un restaurant iranien. Je ne l'ai pas vue depuis longtemps. Tout est délicieux. Il y a du yaourt avec des épinards. Il y a du riz avec de la viande. Il y a du gâteau à la semoule. Il y a notre conversation où l'on parle de ce chagrin éternel, celui de ne pas pouvoir écrire plus. Elle sort son dernier livre paru et me l'offre, avec une dédicace. C'est de la poésie parce que c'est Marie. C'est heureux de nous voir, elle ne change pas, elle est douce et brillante, et la voir me donne toujours une impression de rareté et de chance. En sortant je laisse le livre dans le panier de mon vélo, car il est trop grand pour entrer dans mon sac. Il se met à pleuvoir très fort - au début j'avais écrit : "pleurer". Il y a aussi de la grêle. Je n'arrive presque plus à freiner, les voitures me frôlent. J'ai juste un peu peur, une fois. Quand je rentre je suis trempée et le livre de Marie aussi, il a pris l'eau, le bleu de la couverture est ondulé. Le dernier mot de la dédicace, lui, est encore lisible : JOIE