Carte postale (automne)

23 novembre 2018

Ecrire est une activité folle. Cela occupe toute la vie et implique celle des autres. C’est un travail excessivement long et périlleux qui ne rapporte aucun argent. A chaque livre, on risque l’humiliation totale de la critique, le jugement des proches, la déconsidération de ceux qu’on admire, la zizanie familiale, les gémonies ou pire, l’indifférence totale. C’est inexplicable et incompréhensible et maladif de préférer rester seule dans une maison qui me fait éternuer avec un texte sous les yeux, plutôt que de profiter d’une après-midi champêtre avec les autres. Quand ils rentreront vers dix-neuf heures, les joues rougies et hurlant de plaisir, on me racontera les poissons, les grenouilles, les fenouils, les oiseaux. Et je serai heureuse pour eux.

Qui peut comprendre, le délice absolu des heures veloutées passées dans le silence précieux de la cuisine où j’ai pu retrouver enfin ma vieille solitude ? De temps en temps, je lève la tête de l’écran ; un rai de lumière traverse la pièce, éclairant une poussière joyeuse et agitée. C’est le paradis.

Je n’aime pas la vie concrète, l’organisation, les plans, les choses qui s’arrêtent parce qu’elles sont des choses. J’aime la vie rêvée. C’est insupportable pour les autres.
 
Une fois rentrée ma fille se jette dans mes bras et me demande : ton livre, il parle de quoi ? Et comment ça sort de l'ordinateur pour devenir du papier ? Elle veut me faire parler car elle sait qu’il n’y a que cela qui m’intéresse. Cela me brise le coeur.