Qu'est-ce que la Beauté ?

26 octobre 2008

© Nicolas Urlacher

 

Je lis dans le New York Times qu'un ordinateur peut désormais déterminer, grâce à une série de calculs basés sur des proportions de type "nombre d'or", qu'est-ce que la Beauté. Le calcul a été établi suite à un sondage commandé par une firme israëlienne : 68 hommes et femmes entre 25 et 40 ans ont regardé des portraits d'hommes et de femmes et déterminé quels sont ceux qu'ils trouvaient les plus attirants. Mais l'article ne mentionne pas s'il s'agit de peaux noires, blanches, mates, claires, et comme les sujets consultés étaient occidentaux, le sondage ne tenait également pas compte des différences culturelles qui modifient les codes de la séduction - et donc de la Beauté.  De cela, Sarah Kershaw du New York Times ne parlera pas.  


Alors nous en sommes là, quelques millénaires de philo plus tard : un ordinateur répond à Socrate en toute simplicité. La Beauté, c'est un front haut, une juste proportion entre la lèvre et le nez, entre la tempe et l'oeil et entre les yeux, une quasi symétrie des parties gauche et droite du visage (mais pas tout à fait), un visage plutôt allongé mais pas trop, une peau claire et lisse. Pour le prouver, l'ordinateur a recalculé les proportions du visage de Brigitte Bardot jeune. Avant sa métamorphose, nous avons donc : un petit visage rond, des lèvres bien pulpeuses, un nez fin, de grands yeux, un regard mutin, et surtout, une légendaire sensualité. L'ordinateur corrige : diminution de la taille des lèvres, écartement des yeux, élargissement des narines (eh oui), front plus haut, machoires plus étroites... En somme, elle y perd en personnalité, en piquant et en sexuel.

Le programme de "beautification software", encore à l'état de prototype, pourrait servir aux photographes de mode, aux graphistes, aux publicitaires, mais aussi aux chirurgiens plastique.


On a alors soumis ce test à des anonymes. Stupeur et déception : leurs visages "de base" étaient si éloignés de l'Idéal de Beauté qu'une fois passés dans l'oeil de la machine, les cobayes ne se reconnaissaient plus. La structure entière de leurs visages était modifiée, jusqu'à la couleur de leurs lèvres ou le grain de leur peau ; surtout, le logiciel avait gommé tout ce qui faisaient d'eux des visages uniques : grains de beauté, rides, défauts quelconques... La majorité des sujets ont dit préférer leurs visages "d'avant".

Comme quoi, la Beauté,  ça reste encore une affaire des philosophes.