Femmes et politique

02 novembre 2008

© Edouard Plongeon

 

Il y a une idée de Virginie Despentes que j'aime beaucoup. Dans King Kong Théorie (the manuel à mettre entre les mains des petites filles), Despentes se pose la question du manque de représentation des femmes en politique, et avance l'hypothèse suivante : "Il est vrai que pour se battre et réussir en politique, il faut être prêtre à sacrifier sa féminité, puisqu'il faut être prête à combattre, triompher, faire montre de puissance. Il faut oublier d'être douce, agréable, serviable, il faut s'autoriser à dominer l'autre, publiquement." Quand Merkel est devenue chancelière de l'Allemagne, toutes les caméras du monde se sont empressées de scruter, jour après jour, les transformations physiques qui la métamorphosaient au fil des mois, liées à la fatigue et au stress. Mais l'opposé est aussi vrai : on a accusé Royal de changer trop souvent de jupes et de ne jouer uniquement que de son charme. En fait, qu'elle soit ridée, masculine, fashion ou fraîche comme une rose, une femme en politique, ce n'est pas possible. Ce n'est pas sa place. Le 20 janvier 2007, lorsque Hillary Clinton annonce être candidate à l'investiture démocrate pour la présidentielle, une photo peu avantageuse, où on la voit ridée et fatiguée, circule dans la presse. Visiblement commanditée par le parti républicain, cette campagne de salissage s'accompagne, dans toute la presse, de sous-titres d'une insolence absolue : peut-on être gouvernés par une femme viellissante ? C'est-à-dire non disponible sexuellement pour le fantasme planétaire ?


Mais moi je me demande : est-ce que quelqu'un s'est seulement soucié de l'existence du triple menton de John McCain ? Est-ce que quelqu'un a seulement mentionné que le bonhomme est né en 1936, qu'il a donc 72 ans, tandis que Clinton Hillary en a onze de moins ?


Virginie, il y a vraiment des jours où tu m'énerves tellement tu as raison.