La dernière nuit d'Obama

03 novembre 2008

Cela fait maintenant dix-huit mois qu'Obama sillonne les États-Unis, qu'il dort dans des hôtels, qu'il mange en deux minutes. Près de cinq cent jours qu'à chaque instant on le conseille, on le suit, on le traque, on le photographie, on le scrute, on le maquille, on l'habille, on le déshabille, prêt à répondre aux questions des médias du monde entier, lui le futur (?) président Noir, métissé, pas vraiment musulman, athée, amateur de hip hop, european friendly, un homme à la gestuelle parfaite, avec une grâce de danseur, bref un extra-terrestre né sur la planète Krypton capable, paraît-il, de sauver l'Amérique et, par le fait même, le monde entier.

Ce soir, Obama dormira une dernière fois avant que l'Histoire américaine ne bascule vers son renouveau ou sa chute. Obama, pas couché avant deux, trois heures de la nuit. Tant de choses à faire, à dire, tant de gens à saluer, à appeler, tant de derniers électeurs à convaincre. Obama remonte le drap et se couvre le menton, sa femme Michelle est peut-être à ses côtés, encore plus tendue que lui, épuisée ; leurs filles Malia Ann, 10 ans, et Natasha, 7 ans, sont couchées depuis longtemps. J'imagine ce moment d'émotion, qui frise l'indicible, de ce couple dans un lit, si près de l'absolu. J'imagine Obama demain matin, prenant en vitesse son premier café, la planète se reflétant dans son nuage de lait, prêt à affronter de nouveau le Monde.