Misery Is A Butterfly

21 juillet 2010

Souvent je pense aux auteurs que j’aime, dix ans d’amour fou, que font-ils en juillet dans le four des villes ou les matins d’orient, les maisons de campagnes, la solitude des forêts ? Déjeuners du dimanche ? Marchés ? Apéros ? Y a-t-il une meilleure saison pour écrire ? Rien de moins logique, de plus étrange et inutile que cette activité, entrecoupée de mails et de téléphones et d’impératifs, « Où en est-on de l’article sur… », « Tu as fait l’interview de… ? ». Il y avait, et il y a toujours, bien sûr, quelque chose du côté de l’ombre, dans ce vrai moment du faux, ce réel réellement inversé. Peut-être qu’être punk se résumerait aujourd’hui à n’avoir pas d’adresse mail ou de téléphone portable, à résister à l’attrait d’être joignable ? Je croyais qu’il n’y avait que les femmes pour me faire écrire mais en fait il y a aussi NYC et ce même mouvement de toi, Metropolitan Avenue Lorimer Street Grand Street Borinquen Plaza Union Avenue, BQE trajet de nuit, ciels blancs ciels bleus autoroutes et graffitis perchés haut sur les toits, « Street Art is Dead », « Read !!» et le parfait « Fuck Humans », élevages de pigeons, cacophonie parfaite des klaxons et des cris. Williamsburg à un pont des quartiers chic où nous n’habiterons jamais, débauche d'argent et de luxe et de n’importe quoi, Columbia University à cinq minutes d’Harlem, enfants jouant dans les fontaines. Hudson River, Riverside Drive, parcs immenses et dessinés, nez en l’air dans cette forêt de buildings griffés, la High Line est gracile comme un sentier. Reflet des rues dans les milliards de fenêtres pâles, galaxie des métros et des galeries souterraines, saletés et cafards, enfer et paradis au degré zéro de l’horizon comme si la vie même se résumait à l'échelle minuscule d'une île - oh, Manhattan ! 

Photo Wolfgang Tillmans