Le cours de yoga

06 novembre 2008

Il m'arrive, dans un moment d'égarement sans doute, de débarquer dans un cours de yoga avec la ferme intention de me purifier entièrement de toutes les mauvaises habitudes que j'ai pu contracter au fil des ans. C'est cyclique : après des mois de débauches en tout genre, je me réveille un samedi matin vers sept heures, sept heures et demie  et je me dis : ça suffit les folies, tu enfiles ton collant et ton t-shirt jaune American Apparel trop grand et tu vas au Centre de danse du Marais suivre un cours de yoga. Et puis je me retrouve sur un petit tapis bleu qui pue les pieds avec un professeur qui nous demande de faire respirer les organes de la digestion, parce que "sinon le corps y ne se nettoie pas". Pardi, si j'avais su. Une heure plus tard, je rentre chez moi pleine de nœuds et courbaturée comme jamais, encore plus mal en point qu'au réveil.

C'est toujours la même chose. Après le yoga, j'enchaîne des semaines de régimes aux légumes bouillis. C'est à peine si je regarde un saucisson de peur qu'il ne m'ensorcelle avec ses petits yeux blancs. Je ne sors pas, je ne bois pas, je ne fume pas, et je me couche tôt. Petit à petit, d'affreuses angoisses de mort remontent à la surface. Je me découvre des maladies imaginaires. Je jette mon déodorant qui contient de l'aluminium parce que hein, on sait jamais. Je fais cinq joggings par semaine. Je ne vois plus mes amis. Je travaille avec acharnement. Ma vie sombre doucement dans un océan de désolation mais aussi dans une étrange et délicieuse, vicieuse discipline masochiste. Je pense à Mon Bonheur et à Mon Equilibre avant tout ; le monde tourne autour de Moi. Bref, au bout du compte, je suis très malheureuse alors l'autre cycle reprend jusqu'à ce que je me réveille un samedi matin, vers sept heures et demie. J'enfile de nouveau mon collant, c'est le matin, il est très tôt, je suis envahie d'un espoir nouveau et je marche tout sourire vers un horizon rempli de soleil ; des petits oiseaux gazouillent dans mon coeur et j'ai la ferme intention de reprendre ma vie en main.