Vanité fair

17 décembre 2010

Jupes de laine bleue et piquante sous les genoux, collants et chaussures orthopédiques, chemisettes blanches, cravate rouge à pince et blazers bleus à boutons dorés. Sur le bras gauche, un écusson brodé : Per Angusta, Ad Augusta (“Par dur labeur à noble but” – naïveté désespérante des adages paysans). Les soeurs de la Charité : robes marronnasses et voiles noirs, montures épaisses, bas de contention et sandales. Messes obligatoires, confessions deux fois par année (l’invention délicieuse de milliards de péchés), crucifix dans toutes les salles de classe, discipline d’un autre âge, rapport militaire à l’étude et aux choses, silence permanent. Négation des corps et des plaisirs, des noirceurs et des douceurs inexplicables de la vie.

Matin, messe. D’abord par ferveur, puis par ennui, puis par cynisme absolu. Ou alors bibliothèque au dernier étage, souvenir précis des voitures qui roulaient sur le pont et leur fumée dans le froid coupant de l’hiver. Il y avait aussi cette lumière, très oblique, très blanche, et l’idée de l“ailleurs” comme première réponse à la question de la liberté. L'Existentialisme est un humanisme, premiers pas en philosophie, bagage éternel contre la solitude et l’ennui.  

Cela fait maintenant dix ans que je ne suis pas retournée sur les lieux de mon enfance.

Photo "Nature morte à la vanité", photographie de Guido Mocafico, 2007