Qu'est-ce que toucher ?

23 novembre 2008

Quand pour la première fois j'ai vu les sculptures de Rodin au musée du même nom, je me rappelle avoir été parfaitement incapable de me maîtriser. Ma main devait caresser la pierre polie qui m'appelait là sous les doigts et, d'ailleurs, je l'ai fait ; c'était froid, personne ne m'a vue, je n'ai déclenché aucune alarme - oui, parfois ce genre de miracles arrivent. 

Je me demande si le désir de toucher - et donc d'arracher un petit bout de l'intégrité d'un sujet, de s'approprier ce qui ne se matérialise pas - ne serait pas lié au fait de ne pas supporter que tel sujet convoité appartienne à d'autres yeux qu'aux siens, ou qu'il existe sans nous, ou qu'il ne nous appartienne jamais tout à fait ? Est-ce que le fait de toucher consolide un souvenir, est-ce que le fait d'utiliser un organe sensitif comme la main concrétise ce que nous ressentons ? Est-ce parce que nous savons que lorsque nous multiplions les sens sollicités, le souvenir se fabrique et s'imprime plus durablement dans la mémoire ? Est-ce une réponse au désir irrépressible de détruire ce qui sépare l'objet du sujet - d'ailleurs ne parle-t-on pas d'un amour "consommé", autrement dit "détruit", comme nous l'enseigne l'étymologie ?

 

Et enfin, y a-t-il un philosophe dans l'avion ?