Le beau et le moche

17 février 2011

Parfois, quand la Branchitude décide qu'un truc est "bien" ou "beau" ou "réhabilité", il m'arrive de perdre mes repères esthétiques en termes de "beau" et de "laid", ou alors peut-être faudrait-il poser la question autrement.

Quand les loup-garous hurlant à la lune, pouliches et licornes redeviennent à la mode sur les imprimés des t-shirts, ou que la typo "Metallica" se retrouve sur les pochettes de groupes électro intouchables, ou que le "doré" ou le motif "léopard" sont arborés par toutes les it-girls de l'univers, ou que l'esthétique du geek eighties est considéré comme le truc le plus merveilleux que n'ait jamais connu l'histoire de la mode et de l'art réunis, il m'arrive de me demander si le fait de l'identifier comme tel (moche/ringard/approximatif/bâclé/kitsch) ne constitue pas l'essentiel de la branchitude, jusqu'à ce que cette esthétique jadis honnie ne redevienne acceptable et que les jupes lamées entrent chez H&M. C'est la distance beau/moche qui crée le buzz : les lunettes de geeks et les chemises à carreaux boutonnées jusqu'au menton, les barbes de 18 mois et les chaussures bateau sont plutôt portées par des garçons jolis ultra sophistiqués abonnés à Crash depuis quatre ans. C'est supportable à partir du moment où l'on sait que c'est de "l'humour" (les lunettes de mononcle, le marcel, la casquette de trucker, les bijoux en or de latin lover, les serre-tête, les collants fluos période American Appareil avec les chaussettes de sport blanches jusqu'aux genoux...). Qu'est-ce qu'on s'est seulement épargnés ? Plus c'est plouc plus c'est sophistiqué, plus le décalage est grand plus c'est sexy, plus c'est drôle et désespéré, mieux c'est porté.   

Non ?

Je ne sais pas ce que c'est, en fait.

Source photo : http://www.thezonders.com/, pochette de Minitel Rose, un groupe totalement 2010.