• Virginia et l'effroi

    06 avril 2010

    Ce qui m'émeut le plus chez Woolf, c'est quand elle doute d'elle-même. "Il se ferait toujours du souci pour ses propres livres - seront-ils lus, sont-ils bons, pourquoi ne sont-ils pas meilleurs, que se disent les gens de moi?" fait-elle se demander à Scott, le mari de la narratrice. Virginia Woolf est absolument effrayante. Perfection des phrases qui sonnent si juste (et encore, il s'agit d'une traduction) qu'elle nous donnerait parfois l'envie d'abandonner toute entreprise littéraire. "Apparurent les violettes, puis les jonquilles. Mais le calme et la lumière du jour étaient aussi étranges que le chaos et le tumulte de la nuit, avec les arbres dressés, et avec les fleurs dressées, regardant droit devant eux, levant la tête, ne regardant rien, dépourvus de tout regard, et donc effrayants."

    Virginia WOOLF, Au Phare, nouvelle traduction d'Anne Wicke, Paris, ed. Stock, coll. La Cosmopolite, 2009.
  • Il reste encore des livres dangereux

    05 avril 2010

    « L’appareil de production présent est donc, d’un côté, cette gigantesque machine à mobiliser psychiquement et physiquement, à pomper l’énergie des humains devenus excédentaires, de l’autre il est cette machine à trier qui alloue la survie aux subjectivités conformes et laisse choir tous les « individus à risque », tous ceux qui incarnent un autre emploi de la vie et, par là, lui résistent. »

    Ah, le beau pouvoir insoupçonné de la littérature.

    COMITE INVISIBLE, L'insurrection qui vient, Paris, La Fabrique, 2007.
  • Initiales G.B.

    05 avril 2010

    "et sans l'avoir cherché nos yeux se rencontrèrent et pendant une fraction de seconde quelque chose s'alluma entre nous qui aussitôt s'éteignit." (...) "oui, le moindre événement de sa vie révélait soudain une signification qui ne devait rien au hasard mais tout à son désir de s'extirper de l'informe et du médiocre pour s'élever jusqu'au romanesque." (...) "finalement tout n'était peut-être pas si désespérant dans son attitude et de toute manière il était trop tard, je lui avais déjà rendu son baiser sur la joue en fermant les yeux et en crispant les poings et en luttant contre le désir de chercher ses lèvres et de les ouvrir et de sentir sa langue et de m'y noyer comme jadis".

    Grégoire Bouillier.
    Les mêmes initiales que Georges Bataille.
    Pas mal, pour un écrivain.

    Grégoire BOUILLIER, L'Invité mystère, Paris, Allia, 2004.
  • Crime de lèse-majesté

    05 avril 2010

    "On se drogue parce que la vie est assommante, que les gens sont fatigants, qu'il n'y a plus tellement d'idées majeures à défendre, qu'on manque d'entrain." Françoise Sagan citée par Beigbeder, p.94.

    Frédéric BEIGBEDER, Un roman français, Paris, Grasset, 2009.
  • Cinéma

    05 avril 2010

    On en fera sans doute "un très beau film" (Télérama).

    Marie NDIAYE, Trois femmes puissantes, Paris, Gallimard, 2009.
  • Solitude

    05 avril 2010

    "J'attendais de vous et le goût de désirer, et l'idée d'un désir, l'objet, le prix, et la satisfaction."

    Bernard-Marie KOLTES, Dans la solitude des champs de coton, Paris, Ed.Minuit, 1986.
  • L'autobiographie est une fiction

    22 novembre 2009

    Que peut-on savoir de soi-même, lorsqu’on en fait le récit ? Quelle objectivité peut-on avoir sur sa subjectivité, comment faire de soi un objet ? Sur l'impossible dépossession de soi qui met en doute le socratique "connais-toi toi-même", ces éclairantes lignes de Judith Butler qui revisitent au passage Lévinas, Adorno et Heidegger.

    Judith Butler, Le récit de soi, Paris, PUF, coll. "Pratiques théoriques", 2007.  

  • Christophe Fiat, ce héros

    08 novembre 2009

    Il y a des écritures jazz, il y a des écritures classiques et il y a des écritures rock. Christophe Fiat fait partie des écrivains de cette rare dernière catégorie. Ses phrases suivent des lignes de basse, brusquement interrompues par des dissonances jouissives. CRACKING ! Héroïnes met en scène cinq femmes rebelles : Courtney Love, Sissi l'impératrice, Isadora Duncan, Wanda de Sacher-Masoch et Madame Mao. Il en parle avec amour, il en parle avec admiration, il en parle de l'intérieur, il en parle à partir du mythe et contre le mythe et surtout, il n'a pas peur d'elles, ces femmes libres, fait plutôt rare pour un mec.

    Christophe Fiat, Héroïnes, Limoges, Éditions Al Dante, 2005. (Le livre est épuisé.)

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