• Le Pur et l'impur

    07 novembre 2009

    Colette : la fière impudeur, voire l'inaptitude même à départir le bien du mal. Bien au-dessus, bien en-deçà de toute morale, Colette aime la vie et elle l'écrit, son regard d'homme à femmes nous le dit, photographiée là par Harlingue en couverture de l'édition de poche. Grand et petit livre au titre sonore, anecdotes glanées dans les ombres parfumées des tripots et des draps, des bras de ses amies et amants... Colette est un personnage à l'écriture gourmande ; on ne sort jamais tout à fait intact de ses livres mais éveillé sûrement, réveillé, avec comme une envie, très violente et furtive, d'opium et de nuit.


     

    Le Pur et l'impur, Colette, Paris, Le Livre de Poche.

  • La non-origine du monde

    07 novembre 2009

    La thèse de ce petit livre noir ? "Personne n'est singulier ; personne n'est original : personne ne peut donc raisonnablement et de quelque manière que ce soit prétendre à l'individualité." Nous sommes rien de plus ou rien de moins que le savant mélange des autres et du temps. "Je n'étais en définitive qu'une sorte de simili, qu'une contrefaçon, qu'un presque, voilà la vérité. Un résidu de quelque chose d'infiniment insignifiant. Probablement un résidu d'individualité. Autant dire presque rien."

    Réjouissant.

    Défaut d'origine, Oliver Rohe, Paris, Editions Allia, 2003.

  • Le Placard de verre

    07 novembre 2009

    Passant par Wilde, Proust, Nietzsche, Melville et James pour appuyer ses théories qui oscillent entre études féministes et gay and lesbian studies, Eve Kosofsky Sedgwick traque les nouveaux discours institutionnels qui produisent les figures de "l'homosexuel" et de "l'hétérosexuel", éliminant de fait toutes les subtilités au coeur des sexualités. S'intéressant plus particulièrement à l'image du "placard" et de sa sortie, sa grille d'analyse vient éclairer les classiques, et notamment Proust, avec un angle résolument neuf.

    Epistémologie du placard, Eve Kosofsky Sedgwick, Paris, Ed.Amsterdam, 2008.
  • XX, XY

    07 novembre 2009

    Sauf accident, les lois de la génétique et de la physiologie font de nous des mâles ou des femelles. Mais, au-delà de ce déterminisme génétique, nous sommes également façonnés dans notre intimité par le regard de nos parents, de nos proches et de la société tout entière. Si la différence des sexes structure la pensée humaine, peut-on changer les rapports entre hommes et femmes ? C'est l'objet de ces actes de colloque, réunis par l'anthropologue Françoise Héritier.

    Hommes, femmes, la construction de la différence, dir. Françoise Héritier, Paris, ed. Le Pommier / Cité des sciences, 2005.
  • Ode à l'ambivalence

    07 novembre 2009

    "Le dogme binaire est si prégnant dans les représentations contemporaines de la sexualité qu'il est difficile de penser cette autre voie, ce référent détaché des deux grands blocs identitaires, mais un effort s'impose."

    Oui.

    Pour et contre la bisexualité, Karl Mengel, Paris, La Musardine, coll. L'Attrape-Corps, 2009.
  • "Je suis une question"

    07 novembre 2009

    Extraordinaire enquête du journaliste indépendant Julien Picquart chez les "intersexes", c'est-à-dire des individus qui naissent avec des organes génitaux atypiques ou un bagage chromosomique en inadéquation avec leur apparence physique. Il a interrogé une quinzaine de ces personnes, qui toutes ou presque parlent de l'extraordinaire souffrance de "ne pas savoir". N'y a-t-il vraiment que deux sexes ? Les témoignages, bouleversants, appellent à l'ouverture et à la tolérance, et nous renvoient au quasi indépassable dualisme de notre société.

    Ni homme ni femme, enquête sur l'intersexuation, Julien Picquart, Paris, La Musardine, coll. L'Attrape-corps, 2009.
  • Berlinoiseries

    07 novembre 2009

    Nous célébrons le vingtième anniversaire de la chute du mur et puisque cela tombe à propos, il faut lire ou relire ce livre poétique de Christian Prigent, Berlin deux temps trois mouvements, un des plus beaux ouvrages "amoureux" de cette ville infinie. Hommage à une ville mais aussi à toutes les villes, l'écriture de Prigent est envoûtante comme une virée en voiture, électrifiante comme un néon, bruyante comme une émeute et douce comme le soleil sur la Spree, certains jours d'août. "On va la chercher, cette douceur, au creux des sièges démantibulés d'un cinéma désuet. (...) Nature fusionnelle + esthétique des ruines + exaltations politiques, Berlin est la plus strictement romantique des villes." Et comment.

    Christian Prigent, Berlin deux temps trois mouvements, Paris, ed. Zulma, 1999.
  • Ellipse et laps

    30 novembre 2008

    A partir d'une photographie de William Fox Talbot, La Meule de foin, publiée en 1844 dans The Pencil of Nature, et de deux imprimés acheiropoïètes réalisés par le flash extraordinaire de la bombe à Hiroshima et à Nagasaki (trois photographies représentant, ironie du sort, une échelle posée contre un mur), Jean-Christophe Bailly s'interroge sur l'impression, dans tous les sens du terme, de l'« écriture de la lumière ». La photographie, qu'elle soit le fruit d'une mécanique ou la trace poisitive des radiations, témoigne toujours, selon le philosophe, d'un « étrange ballet de fantômes ».

     

    L'instant et son ombre, Jean-Christophe Bailly
    Editions du Seuil, coll. Fiction & Cie, 2008, 153 pages, 16 euros