My Beautiful Laundrette

11 novembre 2008

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La laverie de quartier est un véritable carrefour de rencontres où l'intime se mêle au public. Mais qui fréquente les laveries ? Que font les usagers lorsque les machines tournent, essorent, lavent, sèchent ? De la rive droite à la rive gauche, nous les avons rencontrés.

 

Nous commençons par le onzième arrondissement : sur un seul coin de rue, trois laveries se disputent le coin de trottoir. Rue Oberkampf, nous sommes accueillis par la propriétaire des lieux qui nous regarde d'un œil sceptique : « Prendre des photos ? Ici ? Des machines ? Non. Je ne suis pas intéressée. Pourquoi ? Il y a plein d'autres laveries dans Paris. Pourquoi ici ? » Ok ok, merci madame. Visiblement, on l'avait paniquée. On n'insistera pas, mais un peu quand même : « Eh bien vous savez - c'est la dame qui parle - il y a un mois, un photographe est venu avec des mannequins pour faire des photos de mode, sans me demander la permission. Ils se sont installés dans la laverie ! Comme ça ! J'étais très fâchée. Alors maintenant, je refuse. » La laverie serait-elle donc LE lieu de studio photographique gratos rêvé ? Mouais ça semble plausible, d'ailleurs c'est aussi un peu pour ça qu'on est là, nous aussi.

 

Next laundrette : celle de la rue Saint-Maur, totalement vide, machines bleues et blanches aussi propres que le dentier des mâcheurs de Freedent dans la pub. Une petite prise de son, quelques clics clic et on s'en va : direction avenue Parmentier (j'crois). C'est là que l'on rencontre les premiers usagers vivants des laveries : d'abord Nicole[1], trente ans, qui lit son magazine people qu'elle a trouvé dans la boutique : « Je viens une fois par mois. J'habite le quartier, juste à côté, dans un 28 m2 et il n'y a pas de place pour une machine. Alors je viens ici. » Et ça coûte combien tout ça ? « 3,60 euros la machine et 1,80 euros le séchage. Il faut compter 50 minutes de lavage et 20 minutes de séchage. Alors je vais boire un café à côté, mais au bout de vingt minutes, j'ai terminé mon café depuis longtemps. » Effectivement. Je me dirige alors vers un jeune couple qui vient à la laverie une à deux fois par mois ; ils consacrent dix euros aux lessives. Comme ils vivent à côté, ils rentrent pendant le moulinage. Avant de partir, une jeune étudiante Italienne nous interpelle : celle-là, elle a beaucoup de vêtements, alors elle vient une fois par semaine et y consacre un budget hebdomadaire de dix euros. C'est comme ça, les Italiennes. Et puis elle nous raconte que la laverie, c'est surtout un lieu sympathique pour rencontrer ses voisins, pour se faire des amis. Bon, salut : le temps est venu de remonter sur le scoot et de franchir la Seine, direction Rive gauche pour un autre tour de tambour.

 

Rue d'Assas, nous rencontrons Jean-Daniel, étudiant à la fac en logistique, Parisien depuis quelques mois (après un détour par l'Australie, mais ça c'est une autre histoire.) Ici, on ne pratique pas les mêmes tarifs : 15 euros pour deux grosses lessives, une heure trente d'attente. Et pour patienter, Jean-Daniel travaille sur son PC, qu'il installe directement sur une machine. Enfin, je me dirige vers une dame recroquevillée sur son livre mais qui me signifie d'une main faiblarde qu'elle ne veut pas répondre à mes questions. Visiblement, cette femme n'avait pas de linge en attente. Parce que l'autre réalité des laveries, c'est ça : la pauvreté qui se niche même au cœur des quartiers nantis, le temps de se réchauffer, quelques heures.


[1] Comme d'habitude (on arrêtera bientôt d'en faire des notes de bas de page), les prénoms sont fictifs.